Lundi 03 Novembre

Entre bulle et effervescence 

Tandis qu’aux Sables d’Olonne, l’équipe technique bourdonne sur Maisonneuve pour soigner tous les détails de sa préparation, Jean-Baptiste a choisi Lorient pour couper avec l’effervescence de Port Olona. Chez lui, il s’est glissé cette semaine dans une bulle studieuse, entre préparation météo, ostéopathie, diététique et repos. Les derniers moments de détente en famille sont pour ce week-end, avant un retour en Vendée lundi matin, prélude à la semaine d’avant départ.

Il le pressentait, il l’a vérifié : “l’ambiance des pontons aux Sables d’Olonne est aussi sympa qu’usante et il faut savoir prendre ses distances et s’organiser, si l’on veut se préserver.” Au terme d’une première semaine où plus de 200.000 visiteurs ont afflué dans le port de départ du Vendée Globe, Jean-Baptiste a donc mis cap au Nord-Ouest, direction Lorient, où il a choisi de passer ses derniers moments de détente avant de sentir monter la pression du départ. “J’en profite aussi pour travailler dans le calme des points précis, comme la météo.” “Jibé” aura ainsi passé deux jours, cette semaine, en tête à tête avec le météorologue Dominique Conin, redéroulant avec lui la totalité du parcours et les schémas météo envisageables. “Nous avons essentiellement travaillé sur le traitement des informations dont je disposerai pendant la course : comment les interpréter selon la zone géographique où l’on se trouve ?, quelles cartes utiliser à tel ou tel endroit ?, quelles données combiner ?, quels indices à surveiller ?… Un travail passionnant.”

“UN BATEAU, ON N’A JAMAIS FINI”

Le skipper de Maisonneuve s’est également remis à l’écoute de son corps : repos, osthéopathie et autres ultimes conseils diététiques auprès d’un spécialiste. Il passera en mode “détente” ce week-end, avant de replonger dans l’arène vendéenne lundi matin, 3 novembre, à l’orée d’une dernière semaine compliquée, entre sollicitations multiples et indispensable relaxation : “il faudra gérer intelligemment ces 6 derniers jours et savoir se ménager des breaks.”

Du coup, côté bateau, Laurent Massot et Ronan Cointo, assistés de Rémi et Arnaud, mettent les bouchées doubles pour “prendre de l’avance sur notre liste où figurent une foule de petits détails à régler.” Objectif : se préparer une dernière semaine plus tranquille. Possible ? “En fait, pas vraiment, sourit Laurent Massot. Parce qu’un bateau, c’est comme une maison, on n’a jamais fini. Intrinsèquement, Maisonneuve est prêt et pourrait presque partir demain. Mais jusqu’au bout, on trouvera toujours des choses à faire et à refaire, des vérifications encore et encore.”

L’équipe s’active, entre autres, sur la fin de l’installation de l’éolienne, qui produira une partie de l’électricité du bord, ou encore le collage des panneaux solaires sur le roof et la partie arrière du cockpit. “Et des tas d’autres choses, comme l’amélioration des cales de dérives, le remplacement de certains cordages, du transfilage de ci, de là, le chargement des pièces de rechange avant, la semaine prochaine, de ranger à bord toute la nourriture.” Laurent Massot résume : ” finalement, on ne s’ennuie pas, on n’est pas en retard, mais pas vraiment en avance non plus. Cette semaine, tout le monde met donc le paquet, avec des journées qui démarrent aux environs de 8h30 pour finir à la nuit.” Au milieu de l’activité frénétique du village de la course, les tâches à réaliser prennent “environ 3 fois plus de temps que dans le cadre d’un chantier normal”, explique-t-il encore. D’où ce mot d’ordre général pour l’équipe : “ne pas mollir”.  

 

Lundi 03 Novembre

Les jours les plus longs

A cinq jours du départ, Jean-Baptiste garde le sourire, mais sent quelques fourmis lui chatouiller les jambes. A l’instar de la majorité des concurrents, il entre dans la délicate gestion de ces ultimes heures à terre qui précèdent le grand saut. « Une dernière semaine, c’est délicat, toujours compliqué à gérer, avec une certaine hâte d’être parti. » D’ici là, les journées seront bien occupées, entre rendez-vous avec les médias, derniers réglages à bord, analyses météo et siestes fortement recommandées. 

« J’appréhende un peu cette dernière semaine : les derniers jours à terre, le départ. Ce sont des moments toujours particuliers à gérer, quand grandit l’envie d’être enfin en mer, dans la course. Oui, je suis pressé de partir. » Hier matin (lundi), à l’heure du premier des briefings officiels qui émailleront la semaine, Jean-Baptiste sentait déjà monter le petit cran de pression supplémentaire. Retour aux Sables, immersion sans transition dans l’agitation d’avant-course, après une semaine passée au calme, chez lui, à Lorient.

DEJA DANS LES FICHIERS METEO

Avec le changement de décor, sonne l’heure de la mise en condition progressive pour le départ. Six, cinq, quatre jours… Le compte à rebours raisonne chaque jour un peu plus, et se mêle à la liste encore dense des occupations prévue d’ici à dimanche. A commencer par les rendez-vous médias, une vingtaine avant le départ. Auxquels s’ajoutent, bien sûr, les derniers calages techniques, ultimes vérifications des systèmes, tests sur les pilotes, ou fins réglages sur le mat, programmés lors d’une sortie en mer, ce mardi matin. « Et puis je vais me plonger dans la météo dès maintenant, regarder les fichiers et progressivement calquer une première stratégie qui s’affinera au fil de la semaine. »

Le calme sera également de rigueur. Jean-Baptiste s’est ménagé un planning allégé pour les après-midis, histoire de s’extirper un minimum de la vie agitée de Port Olona. Savoir se préserver, tout en savourant au mieux ces instants de terriens à la saveur si particulière quand se profile la ligne de départ. Sentiments mêlés. Emotion plus près de la peau. On a beau être en automne, on entre dans les jours les plus longs.  

Mercredi 05 Novembre

“Je ne considère pas le Vendée Globe comme une régate”

A la Une hier mercredi du site officiel du Vendée Globe (vendeeglobe.org), Jean-Baptiste se livre un peu plus, à trois jours du départ. Détente à bord, anxiété, pression, rapport à son bateau et à la course. A lire également ci-après. 

Est-ce que tu emmènes de la lecture ou des films ?
« Je n’ai pas l’expérience d’un tour du monde, mais sur une transat, relativement peu. Ça m’est arrivé d’embarquer quelques bouquins et de ne pas les avoir lus à l’arrivée. Mais sur un tour du monde, il va falloir prendre un peu de temps pour penser à autre chose, se faire du bien. Mais on m’a dit de ne rien prévoir, ni films ni bouquins, mon équipe s’occupe de tout. Ce sera une surprise. J’ai vu passer des petits cadeaux dans le bateau, des sacs dont je ne connais pas la provenance. Avec des petits mots indiquant de n’ouvrir que tel jour, ou qu’à tel moment, la première pétole ou la première nuit par exemple. Je m’attends au pire et au meilleur. » 

Est-ce une pression supplémentaire d’être le benjamin de la course ?
« Plus ou moins, je ne sais pas. Chacun vit sa course et sa préparation. Partir pour un tour du monde, ce n’est jamais anodin. Je vous dirai peut-être au prochain tour si j’ai moins de pression qu’à celui-là. Pour moi, il y a quand même des grandes zones d’inconnues. On parle souvent du grand sud. Mais moi, je n’ai jamais été plus au sud que le Brésil. Ça fait quand même les deux tiers du parcours dans des endroits que je n’ai jamais fréquentés. Cela n’engendre pas forcément une peur, mais une anxiété. Il y a un long chemin d’inconnu dans cette aventure. » 

Parle-nous de ton bateau, ce compagnon avec qui tu vas naviguer pendant trois mois.
« C’est un bateau que j’ai découvert à la Transat Jacques Vabre en 2005. Il est récent puisque construit justement en 2005. Il était voisin de ponton avec mon premier 60 pieds. Et c’est un bateau qu’on a trouvé vraiment chouette. A l’arrivée à Salvador de Bahia, en discutant avec le propriétaire et le boat captain, on a appris que le bateau était potentiellement à vendre. Après deux transats en 60 pieds, le proprio s’était rendu compte que ce n’était pas trop fait pour lui ! Ce qu’on peut concevoir, surtout sur cette Transat Jacques Vabre particulièrement difficile. J’ai réussi à monter le projet en France pour racheter ce bateau, aller le chercher au Brésil et disputer la Route du Rhum 2006 avec. » Tu es diplômé de l’école d’architecture navale de Southampton. Qu’as-tu modifié sur ce bateau ?
« C’est parfois plus intéressant de partir sur un bateau neuf que sur un bateau sur lequel on refait tout parce que c’était un sacré boulot. On ne regrette évidemment rien car c’est un bateau qui marche très bien aujourd’hui. Mais cela nous a demandé deux gros chantiers d’hiver pour tout modifier sur le bateau, du bulbe à la girouette. On a fait des modifs importantes qui nous ont données un gain de vitesse non négligeable et surtout un gain en fiabilité et en ergonomie. »  

Et en poids ?
« Dans un premier temps, on a gagné énormément de poids. Et cette année, il a repris un peu de poids parce qu’on l’a mis en mode Vendée Globe avec des panneaux solaires, des éoliennes, des systèmes de communication, du carburant supplémentaire et des zones de rangement. » 

On parle d’un plateau exceptionnel, d’une régate dès le départ. Tu es d’accord ?
« Je ne considère pas le Vendée Globe comme une régate. Une régate, c’est une course à la journée entre trois bouées avec un pot au yacht-club le soir et une remise des prix. En ce qui me concerne, je ne suis pas du tout dans cette optique-là. Qu’on parle de régate, très bien d’un point de vue médiatique, mais cela reste avant tout une aventure. Faire un tour du monde en solitaire, sans escale ni assistance, ce n’est pas un truc facile. Certes, il y a un aspect sportif, mais il y a surtout l’aventure, il ne faut pas l’oublier. Il ne faut pas que les gens pensent que maintenant, faire un tour du monde c’est facile, et qu’il faut juste le faire le plus vite possible. Un tour du monde, ce n’est clairement pas anodin. » 

Vendredi 07 Novembre

Les yeux vers le ciel

A moins de deux jours du départ de ce sixième Vendée Globe, on s’interroge en scrutant le ciel et en décortiquant les fichiers météo. Les conditions, dimanche, seront houleuses, avec la perspective d’un bon 20 nœuds de vent, de secteur sud-ouest qui devrait lever une mer très formée. De quoi alimenter les interrogations quant au bon déroulement du départ, voire à son report. “Jibé”, reste aussi zen que possible, se ménageant des plages de repos entre tactique, analyse des fichiers et interviews en nombre. 

A Port Olona, la nuit sonne l’heure des braves. Il faut parfois attendre le soir et le retour au calme sur les pontons, pour travailler sereinement sur le bateau. “Dans la journée, la foule est si dense que tout prend trois fois plus de temps”, estime Laurent Massot, responsable technique du projet. Et les sollicitations sont incessantes, pour le skipper comme pour l’ensemble de l’équipe. “C’est très sympa, mais très prenant aussi et on répond des dizaines de fois aux mêmes questions. Mais ça fait partie du boulot”, résume Ronan Cointo, préparateur sur Maisonneuve.

13 GARDE-MANGER NUMEROTES

Jeudi soir, l’ensemble de l’équipe a donc attendu la tombée de la nuit pour peaufiner le chargement de Maisonneuve. Au menu des manutentionnaires, les repas, les vêtements et le matériel technique. Les 230 kilos de nourriture ont été conditionnés en 13 caisses numérotées, que Jean-Baptiste ouvrira progressivement au fil de la course. Conserves et préparations lyophilisées constituent l’essentiel du garde-manger, “un stock de nourriture fraiche sera embarqué au tout dernier moment”. Deux caisses d’outillage, deux autres pour le composite (résines, colles, fibre de carbone), une caisse d’hygiène (des lingettes au savon en passant par le dentifrice et autres ustensiles de coquetterie), trois sacs de vêtements une batterie de cuisine (brûleur de rechange, couverts, gamelles) et… deux sacs chargés de cadeaux complètent le chargement.

“CES CONDITIONS DE DEPART ME VONT BIEN”

Côté skipper, une certaine impatience domine. “Là, il faut y aller. Moi qui n’aime pas beaucoup les au revoir, je passe justement mon temps depuis trois semaines à dire au revoir. J’ai hâte de couper la ligne de départ”, confirme Jean-Baptiste. D’autant que si départ il y a dimanche, gagner le large sera un vrai soulagement, vues les conditions annoncées sur le plan d’eau. On attend du vent de sud-ouest établi à environ vingt nœuds et une mer très formée, avec des creux de 2 m à 2,50 m. “Objectivement, ce type de conditions pour un départ me va parfaitement. Partir dans la brise, au près : le bateau est taillé pour ce type de temps. La vraie crainte, c’est de casser avant d’avoir passé la ligne, de se faire percuter par un bateau accompagnateur ou un plaisancier… Bref, de voir trois ans de travail réduit à néant aussi bêtement”. Qu’on se rassure, ce genre de scenario n’empêche pas Jean-Baptiste de dormir. “Le sommeil va bien et j’accumule les heures.” La nuit, bien sûr, et si possible l’après-midi. Des temps calmes pendant lesquels il approfondi son analyse météo des premiers jours de course et assimile les secrets de son logiciel de tactique. Restent les sollicitations médiatiques à intégrer, dans un agenda qui n’est pas extensible. Ce vendredi après-midi, “Jibé” sera l’invité d’un plateau TV de France 3 (multidiffusions à partir de samedi), aux côtés de Jean Le Cam, Loïc Peyron, Roland Jourdain et Michel Desjoyeaux. Il y apportera le regard du benjamin, comparé à celui de ces glorieux ainés.

Samedi 08 Novembre

Piste noire dès le départ

08 nov. 2008. 16h00 - Le schéma météo ébauché ces derniers jours se confirme. Il faudra avoir le cœur bien accroché dimanche et dans la nuit suivante pour entamer la sortie du Golfe de Gascogne. Richard Silvani, de Météo France, l’a confirmé ce matin lors du dernier briefing skippers : 15-20 nœuds ouest - sud-ouest sur la zone de départ, dans une mer très formée (creux de 2 à 3 m), et surtout renforcement des conditions dans la nuit, le vent pouvant monter à 45 nœuds dans une mer forte à très forte… Jean-Baptiste oscille entre l’envie d’en découdre “dans ces conditions musclées que j’affectionne”, et la crainte d’une casse, à froid, “qui pourrait contrarier en quelques minutes des années de travail”.

Dimanche 09 Novembre

Derniers instants à terre, derniers regards, dernières poignées de main… Puis le décollage, l’indescriptible au revoir des 100.000 spectateurs massés le long du chenal, avant de mettre la cap au large, babord amure…

“Au revoir et amuse-toi bien”

Que le rêve commence. Jean-Baptiste Dejeanty est entré de plain-pied dans son premier Vendée Globe dimanche, après trois longues semaines d’ultimes préparatifs aux Sables d’Olonne. La magie a opéré dès le chenal de sortie de Port Olona, où les vivas de la foule instillent l’émotion. Puis la houle d’ouest et ses creux de 2 à 3 mètres, le départ où la prudence a dominé et une première nuit musclée, dans 35 nœuds de vent, ont fini de l’immerger complétement dans sa course. Troublant de sérénité juste avant son départ, Jean-Baptiste pointait à la 20e place de la flotte ce lundi matin, à l’aube.

“Tout va bien à bord. Le bateau marche vraiment bien, il est bien équilibré. J’ai même pu me reposer cette nuit, dans des conditions finalement pas aussi difficiles qu’annoncées : 30 - 35 nœuds. Je devrais virer d’ici 3 ou 4 heures pour mettre un cap plus sud “. Ce lundi matin, 9h, Jean-Baptiste avait “la bonne voix” au téléphone. Signe qu’il est entré de la meilleure des façons dans son premier Vendée Globe : détendu, concentré et confiant dans son bateau. Depuis le départ dimanche, 13h02, il navigue vers l’ouest au près, dans une mer difficile et un vent forcissant. Donc avec le souci de suivre le rythme tout en préservant le bateau. Au terme de sa première nuit en mer, il semble rassuré sur ces deux points. Retour sur le départ. Dimanche 9 novembre 2008, 10h45. Dans le chenal, Maisonneuve glisse doucement sur cette dernière bande d’eau calme. “Jibé”, un peu à l’avant du mat, voudrait regarder la terre une dernière fois avant son tour du monde qu’il ne pourrait pas. Tout autour de lui, ces regards attentionnés par dizaines de milliers. La magie du Vendée.“C’est tout simplement indescriptible”, dit Laurent Massot, à bord de Maisonneuve dans le chenal des Sables. Il vit pourtant son troisième départ de Vendée Globe en tant que préparateur technique. Mais comment trouver les mots face à cette foule agglutinée sur les digues, sur les enrochements, sur la moindre parcelle de quai, de balcon, de cale, parfois les pieds dans l’eau, et qui scande les prénoms de ceux qui partent en entamant des holas…Cette sortie, à la hauteur de la légende de cette course, mettait un terme à trois longues semaines passées à Port Olona. “J’ai apprécié l’accueil et la curiosité des gens. Mais à un moment, il faut partir, et c’est le moment”, glissait Jean-Baptiste au moment de larguer les amarres. Etonnamment détendu. “Il a dormi comme un bébé”, assure Ronan Cointo, préparateur du bateau. “Hier soir, on a discuté du départ, je lui ai donné une dernière petite info météo toute fraiche et il a vite trouvé le sommeil.”

LA NUIT CHAUDE

Le départ et la météo, justement. Là étaient les deux légitimes sources de stress, dimanche, pour le skipper et son équipe. Après une sortie de chenal comme prévu houleuse, Jean-Baptiste et ses préparateurs sont allés positionner le bateau sur la zone de départ, dans un vent mollissant et des creux de 2 à 3 mètres. Handicapés par l’absence de l’un d’eux, Rémi, contraint de quitter les Sables d’Olonne d’urgence pour raisons familiales.

12h58. A 4 minutes du coup de canon, après David Borle, Laurent Massot et Ronan Cointo étaient donc les deux derniers à embrasser Jean-Baptiste, puis sauter sur un zodiac accompagnateur, laissant derrière eux un skipper en route vers son rêve de gosse. Positionné un peu trop haut par rapport à la ligne de départ, Jean-Baptiste a ensuite sagement contourné la flotte avant de mettre cap à l’ouest, bord à bord avec Mike Golding (Ecover), babord amure (vent venant de la gauche du bateau), dans 15 nœuds de vent et toujours une mer hachée. Il figurait à la 20e place de la flotte au pointage de 15h, remontait à la 17e place hier soir. La nuit promettait ensuite d’être musclée, avec une bascule et un renforcement du vent au nord-ouest : 40 à 45 nœuds annoncés et une mer de plus en plus pentue. Mais ce matin, “Jibé” confirmait par téléphone que les conditions de cette première nuit en mer avaient été moins difficiles. ” J’ai même pu me reposer un peu. Le premier objectif sera de passer les trois premiers jours sans casse et d’arriver aux Cap Finisterre (Espagne) avec un bateau sain.” Jean-Baptiste sera sans doute un peu “brassé” dans ces premières heures de course. Il ne prévoit pas de cuisiner dans l’immédiat et avalera les rations de pâtes froides préparées samedi soir, aux Sables. Il devra manœuvrer, dormira peu et sera au régime humide d’ici mardi. Mais, comme le lui ont chuchoté les navigatrices Anne Liardet et Isabelle Autissier, juste avant son départ : “amuses-toi bien”. Alors, c’est sûr, ce ne sera que du plaisir.

Lundi 10 Novembre

Retour aux Sables d’Olonne pour réparation

Lundi 10 nov. 18h30. Jean-Baptiste a annoncé aujourd’hui à 17h, à la direction de course, qu’il faisait route vers les Sables d’Olonne. Alors qu’il naviguait dans le mauvais temps, un panneau constitutif du pont du bateau a été endommagé. Néanmoins, cette avarie n’affecterait pas la structure profonde du bateau. Le skipper espère réparer en 2 ou 3 jours avant de repartir.

Lundi 10 novembre, peu après 15 heures, alors qu’il naviguait à 250 milles des Sables d’Olonne dans une mer très formée, Jean-Baptiste Dejeanty a distinctement entendu un craquement au moment où son bateau retombait entre deux vagues. Il a rapidement constaté une petite fissure au niveau du pont de Maisonneuve. Après être entré en contact immédiatement avec son équipe technique à terre et l’ingénieur composites Malric Leborgne, basé à Vannes, Jean-Baptiste a décidé de faire demi-tour vers les Sables d’Olonne, pour réparation.

Maisonneuve est attendu demain dans la journée, à Port-Olona. Dès son arrivée, le bateau subira une expertise technique pour déterminer l’étendue précise des dégâts occasionnés par le choc et la durée du chantier à engager. A l’heure actuelle, compte-tenu des éléments dont elle dispose, l’équipe technique de Maisonneuve estime que Jean-Baptiste Dejeanty pourrait reprendre la mer en fin de semaine, après 2 à 3 jours de réparation.
Rappel : le règlement du Vendée Globe stipule que les navigateurs peuvent revenir dans le seul port des Sables d’Olonne pour réparer et reprendre le départ en cas d’avarie. La date limite de franchissement de la ligne de départ est fixée au 19 novembre à 13h02.

Mardi 11 Novembre

Jean-Baptiste attendu aux Sables en fin d’après-midi

Mardi 11 nov - 10h54. Groupe Maisonneuve naviguait ce matin, à 5 heures, à une centaine de milles des Sables d’Olonne où il est attendu ce mardi 11 novembre en fin d’après-midi. Tout va bien à bord pour le skipper. A terre, une équipe de 7 personnes est parée à accueillir Jean-Baptiste et prendre immédiatement en charge le bateau.

“Je viens de parler avec lui au téléphone. La voix est claire et ne trahit pas la fatigue. Il est super content de savoir que tout est prêt à terre pour engager les réparations sur la bateau et il est très motivé pour repartir”. A 9 heures, ce matin, Soizic Dubois, team manager de Maisonneuve, a refait le point avec Jean-Baptiste sur la suite des opérations. Le skipper est attendu en fin d’après-midi à Port Olona. “Il ne faudra pas arriver trop tard au port sous peine de patienter encore une nuit devant les Sables d’Olonne et attendre la marée suivante.” 
A terre, tout est prêt pour prendre en charge le bateau. Tout l’après-midi d’hier, Soizic Dubois, Laurent Massot et Ronan Cointo ont organisé le chantier de réparations dont la durée est estimée à 48 à 72 h. “Seule l’expertise détaillée au port nous permettra d’être beaucoup plus précis. Aujourd’hui, nous savons qu’une fissure est visible au niveau du roof, qu’elle descend vers la coque et que les observations de Jean-Baptiste, combinés aux estimations de l’équipe technique à terre, laissent à penser que la structure profonde du bateau n’est pas touchée.”
Pour mémoire, lundi 10 novembre, peu après 15 heures, alors qu’il naviguait à 250 milles des Sables d’Olonne dans une mer très formée, Jean-Baptiste Dejeanty a distinctement entendu un craquement au moment où son bateau retombait entre deux vagues. Il a rapidement constaté qu’une petite fissure était apparue au niveau du pont de Maisonneuve et décidé de faire demi-tour vers les Sables d’Olonne, pour réparation.

Arrivée aux Sables prévue vers 1 heure du matin

Mardi 11 nov. 2008 - 16h52. A 14h15, ce jour, Maisonneuve progressait à 50 milles des Sables d’Olonne, dans un vent de Nord-Ouest mollissant de 15-20 nœuds. Bloqué par la marée, Jean-Baptiste Dejeanty devra patienter ce soir avant d’entrer au port. Il est attendu au ponton aux alentours de 1h, la nuit prochaine. L’équipe technique procédera aussitôt à l’expertise du bateau. Sur place, le chantier qui mobilisera jusqu’à 7 personnes, a déjà commencé, puisque des raidisseurs destinés à consolider le pont sont déjà en fabrication.

Mercredi 12 Novembre

Maisonneuve expertisé aux SablesMercredi

12 nov. 2008 - 1h07. Maisonneuve vient de s’amarrer aux Sables d’Olonne, peu après minuit. Immédiatement, une équipe technique de sept personnes a installé un chantier bâché sur le bateau, et entamé un travail de découpe sur les zones fissurées, au milieu du monocoque, pour évaluer précisément l’étendue des dégâts. Elle va déterminer dans la matinée la durée des réparations, avec le renfort d’un expert en composites. Mais le travail à engager semble important.

Jean-Baptiste participe aux opérations : “je n’ai qu’une envie : repartir. Je suis déçu, dégouté même. Tout allait bien. J’étais dans le bateau, je venais de virer de bord et je matossais quand j’ai entendu un coup de fusil. Une détonation énorme, comme un pétard. J’avais les oreilles qui sifflaient. Le bateau a été projeté une vague devant, une vague derrière, la quille au milieu en porte-à-faux. Tout le problème maintenant c’est de réaliser une réparation pour repartir avant les délais (avant le 19 novembre, 13h02), qui tienne et ne m’oblige pas à être trop en retard quand je serai dans le grand sud.”

Une course dans la course

Contraint à rebrousser chemin lundi après-midi, en pleine tempête, suite à un choc violent dans les vagues qui a provoqué des fissures sur le pont, Jean-Baptiste a rallié les Sables d’Olonne dans la nuit de mardi à mercredi. L’équipe technique s’est immédiatement mise à pied d’œuvre, installant à même le ponton un chantier sous bâche. Objectif : refaire une peau au bateau sur ses cicatrices pour espérer repartir au plus vite. Le souci n’est pas la complexité du chantier, mais sa durée, liée aux temps de séchage des colles. Pour Jean-Baptiste, une course contre la montre est engagée.

Immédiatement, une équipe technique de sept personnes aménage un chantier bâché sur le bateau, et entame un travail de découpe sur les zones fissurées, au milieu du monocoque, pour évaluer précisément l’étendue des dégâts. Toute la fin de nuit, l’équipe a travaillé avec Jean-Baptiste, qui participait à ces premières opérations. Dans la matinée de ce mercredi, un ingénieur en composites est venu renforcer l’équipe qui va s’étoffer encore dans l’après-midi d’un expert maritime venu de Brest.
“En soi, ce chantier ne présente aucune complication technique”, résumait Jean-Baptiste, ce matin. “Le problème, c’est le temps que prendra la réparation. Sur ce type d’intervention, il faut respecter des processus de collages successifs. Il faut être au sec et de préférence au chaud. Facile dans un chantier normal, plus difficile dans un port, sous des bâches. Il faudrait augmenter le thermostat sur Port Olona. Aujourd’hui, je n’ai qu’une envie, c’est de repartir. Je suis déçu, un peu dégouté même, parce que tout allait bien au moment de l’incident.”

” ON EN SAURA BEAUCOUP PLUS VENDREDI “

Au vu des premières observations, le travail à engager semble en tout cas important. Pour Jean-Baptiste, le dilemme est le suivant : jusqu’à quelle limite est-il encore envisageable de partir ? D’abord il faut tenir compte du délai “légal” prévu par le règlement : la ligne de départ reste ouverte jusqu’au 19 novembre 13h02, soit 10 jours après le départ officiel. “Le problème c’est qu’en partant 10 jours après les autres, non seulement on ne fait plus du tout la même course sur le plan sportif, mais surtout on s’engage pour aller naviguer dans le grand sud à l’écart de la flotte, beaucoup plus isolé dans ces conditions hostiles. Ça pose un vrai problème en terme de sécurité.” La décision de repartir repose donc sur la rapidité des réparations. “Nous y verrons beaucoup plus clair vendredi et une décision sera sans doute prise ce jour-là.

” L’ACCIDENT : ” JE ME SUIS SENTI EN APESANTEUR “

Cette nuit, après avoir accosté aux Sables d’Olonne, Jean-Baptiste revenait à chaud sur les circonstances de son avarie. ” C’était au milieu du passage du front, sous un grain. Je venais de virer de bord et je profitais que le vent soit tombé pour matosser à l’intérieur. Une vague plus violente que les autres a soulevé le bateau. Je me suis senti à moitié en apesanteur. Le bateau est retombé de tout son poids. Je pense qu’il est retombé en porte-à-faux, sur une grosse vague devant et une autre derrière. La quille, entre les deux dans le vide, a claqué très fort. Un bruit de fusil de chasse à l’intérieur du bateau. J’en avais les oreilles qui sifflaient. Au retour, j’avais de l’eau jusqu’à mi-mollet à l’intérieur. Heureusement le système d’évacuation marche parfaitement. Structurellement à l’intérieur, rien n’a bougé.
Je ne comprends pas bien. J’ai fait 25 000 milles avec le bateau et je n’ai jamais eu ça. Je trouve ça un peu dur à digérer. J’avais déjà rencontré une mer aussi violente plusieurs fois. Ce qui peut être mis en cause est le fait qu’il soit chargé en configuration Vendée Globe. Et forcément, les efforts sont plus importants. Je trouve que le bateau s’en sort bien vu la violence du choc. »

Jeudi 13 Novembre

Maisonneuve espère repartir dimanche

Sur la brèche depuis le retour au port de Jean-Baptiste, l’équipe technique de Maisonneuve a déjà abattu beaucoup de travail à bord du monocoque. Le chantier suit une évolution conforme aux prévisions et la perspective d’un redécollage vers le large, dimanche soir, reste d’actualité. Mais avant cela, l’expert en composites Jacques Leberre, arrivé hier de Brest, doit encore pratiquer un sondage sur la coque pour s’assurer de l’intégrité totale du bateau. Le sponsor est attendu demain aux Sables pour soutenir l’équipe et son skipper.

“Ce soir, nous aurons terminé une bonne partie du travail extérieur : coque babord et pont tribord et babord. Il restera à travailler sur la coque tribord et toute la partie intérieure, avec beaucoup de tissus à stratifier pour assurer les raccords.” Sans vouloir se réjouir trop vite, Soizic Dubois, team manager de l’équipe, faisait état ce midi d’un “bon avancement des travaux sur Maisonneuve. Certes il reste encore à consacrer au chantier de longues heures de peine et de patience, mais si aucune mauvaise surprise ne vient entraver la marche des opérations, “Jibé” devrait pouvoir repartir dimanche soir”, ajoutait-il. De son côté, le skipper, très impliqué dans les opérations hier, a pris un peu de recul aujourd’hui pour se détendre en piscine et se reposer.

“DE BONNE CONDITIONS DE CHANTIER”

La prudence reste tout de même de rigueur, d’autant qu’une nouvelle expertise est programmée aujourd’hui sur le monocoque. Après avoir sondé le pont hier, avec des détecteurs de haute précision, l’expert brestois Jacques Leberre devrait ausculter la coque de Maisonneuve cet après-midi, pour s’assurer qu’elle ne porte aucune séquelle de l’incident de lundi dernier. Une chose est sûre : l’équipe travaille d’arrache-pied depuis que Maisonneuve est arrivé au ponton, mercredi à 0h40. Engagé dès la première nuit, le chantier a enregistré hier le renfort du Vannetais Malric Leborgne, ingénieur de structures composites, qui a élaboré un plan de réparation précis. Une partition pour l’heure jouée à la lettre. “Le chantier ne s’arrête jamais, de jour comme de nuit. Les conditions sont plutôt bonnes : pas de vent, temps sec, ensoleillé la journée, quoique trop frais la nuit. Mais sous la tente, avec l’appui de souffleurs d’air chaud, on a recréé les conditions d’une bonne cuisson des composites.

” UN CHECK COMPLET DU BATEAU

Tant qu’on y est, on en profite aussi pour “checker” le reste du bateau : révision du radar, examen du gréement et du moteur, contrôle des caisses de nourritures qui auraient pu souffrir de l’humidité à bord. Avec l’arrivée demain, aux Sables d’Olonne, du PDG du Groupe Maisonneuve, Jean-Paul Hembise, il flotte comme une odeur de veille de départ. Le sponsor, qui a marqué son soutien à Jean-Baptiste dès lundi après-midi en le joignant en mer, par téléphone, viendra supporter et, chacun l’espère, assister à un nouveau départ de Maisonneuve, dimanche.

Vendredi 14 Novembre

Décision samedi

Jean-Baptiste attend ce samedimidi pour décider s’il repart ou non en course. « Les réparations sont effectuées à 80%. Après les expertises il s’avère qu’il n’y avait rien de plus que ce qui était visible. En ce qui concerne mon retour sur la course, on va se donner encore jusqu’à demain midi (samedi) pour prendre une décision. Humainement, c’est sympa de repartir, pour l’histoire, pour l’équipe. Mais sportivement, il faut être rationnel. Il va falloir trouver tous les jours la motivation pour faire avancer le bateau sans personne autour. En tant qu’homme, j’ai vraiment envie de vivre cette aventure, mais en tant que coureur, c’est dur. »

Samedi 15 Novembre

Jean-Baptiste Dejeanty va repartir dimanche vers 16 heures

Malgré le retard important pris sur la flotte, le skipper de Maisonneuve vient d’annoncer courageusement à la direction de course qu’il reprendrait la mer demain. Il a pris cette décision en plein accord avec son sponsor et son équipe technique et ce, sans la moindre pression. Son nouveau départ aura donc lieu ce dimanche, aux alentours de 16h. Les conditions météo devraient permettre à Jean-Baptiste de se remettre dans le bain. Ci-dessous, les commentaires de Jean-Baptiste et de Jean-Paul Hembise, Président du Groupe Maisonneuve.

Jean-Baptiste Dejeanty, cet après-midi : “Après avoir longuement mûri ma décision et malgré le retard pris sur l’ensemble de la flotte, j’ai décidé de repartir. Mon sponsor, en la personne de Jean-Paul Hembise, PDG du Groupe Maisonneuve, m’a rejoint hier aux Sables d’Olonne et nous avons beaucoup parlé. Que ce soit avec lui, avec toute l’équipe et avec la direction de course que je viens d’informer, nous sommes tous d’accord sur le fait qu’il est hors de question de prendre des risques . Une fois dans l’Atlantique sud, si j’ai le moindre doute à m’engager plus loin, parce que je n’ai pas assez rattrapé sur la flotte ou que j’ai le sentiment que le sort s’acharne, je saurai prendre une sage décision. On se sera donné la possibilité d’éviter les regrets, avec le sentiment du travail accompli quoi qu’il arrive.
Actuellement, ce n’est pas déraisonnable de repartir. Sur Maisonneuve, les travaux de collage sont terminés. Il reste à peindre aujourd’hui et finir de ranger le bateau. Sur le plan météo, je vais repartir avec du petit temps dans le Golfe de Gascogne, ce qui me permettra de me remettre dans le bain. Je devrais mettre deux jours pour atteindre le Cap Finisterre et toucher ensuite un flux de nord favorable, de 20-25 nœuds, le long des côtes portugaises.
Sur le plan sportif, mes objectifs aujourd’hui sont, primo, de tenter de rattraper quelques coureurs avant Bonne Espérance et, secundo, de régater contre moi-même, pour aller accrocher le temps de référence de Vincent Riou en 2005, soit 87 jours !” Jean-Paul Hembise, PDG du Groupe Maisonneuve, cet après-midi : “Jean-Baptiste décide de repartir afin de saluer le travail extraordinaire réalisé cette semaine par l’équipe pour remettre le bateau dans les conditions de navigation, ce que je trouve particulièrement remarquable. Près de 500 heures de travail auront été fournies en 4 jours, ce qui est prodigieux. Il part certainement aussi pour tous ceux, innombrables, qui, derrière lui ou à ses côtés, lui ont témoigné leur admiration et leur soutien. Il part enfin pour lui-même, car “Jibé” est un homme de caractère qui ne baisse pas facilement les bras devant l’adversité et qui tient à pouvoir toujours se regarder en face. Pour moi, les choses sont claires : si les conditions ne sont pas favorables pour s’engager dans le sud, s’il y a le moindre doute, pas question que Jean-Baptiste y aille seul. Il n’a et n’aura jamais aucune pression dans ce sens, bien au contraire. Priorité à la sécurité, à la fois pour lui et pour ce bateau que nous voulons continuer à voir courir.”

Dimanche 16 Novembre

Départ du ponton prévu à 17 heures

Dimanche 16 nov. 2008 - 15h39 - Jean-Baptiste et son équipe technique devraient larguer les amarres à 17 heures pour aller s’engager dans le chenal de sortie de Port Olona. Ce midi, le skipper a déjeuné avec son sponsor et quelques proches. “Il a avalé une bonne pièce de bœuf. Il était très détendu”, indique Jean-Paul Hembise, PDG du Groupe Maisonneuve.

Du monde au ponton

Dimanche 16 nov. 2008 - 16h23 - A une trentaine de minutes du départ de Maisonneuve, une foule d’environ 300 personnes se presse au ponton pour saluer et encourager Jean-Baptiste.

Maisonneuve quitte le ponton

Dimanche 16 nov. 2008 - 16h47 - Maisonneuve vient de larguer les amarres sous les applaudissements de plusieurs centaines de personnes. Il se dirige vers le chenal où l’attendent de nombreux spectateurs.

Dans le chenal et sous les applaudissements

Dimanche 16 nov. 2008 - 16h56 - Bateaux suiveurs et public en nombre sur les rives du chenal. Jean-Baptiste devrait se souvenir longtemps de son second départ. Il s’apprête à couper la ligne dans une quinzaine de minutes, sous les applaudissements et des encouragements à couper le souffle . “C’est incroyable, on croit rêver. Il y a 1000 à 2000 personnes”.

Maisonneuve a coupé la ligne à 17h17

Dimanche 16 nov. 2008 - 17h29 - Maisonneuve vient de couper la ligne, précisément à 17h17′33″. Vent faible d’environ 6 nœuds de secteur nord - nord-est, mer plate. Jean-Baptiste navigue sous genaker et grand-voile haute en route directe vers le Cap Finisterre.

Merci les Sables !

Trois ou quatre-cents personnes sur le ponton pour assister au décollage. Deux mille supporters le long du chenal pour prodiguer les derniers encouragements. Jean-Baptiste et toute l‘équipe de Maisonneuve n’oublieront jamais ce cadeau des Sablais, hier après-midi, pour le départ du monocoque remis en état en 4 jours. Inoubliable.

Lundi 17 Novembre

La chasse est lancée

Depuis hier, dimanche 16 novembre 2008, à 17h17, Jean-Baptiste Dejeanty pointe l’étrave de son Maisonneuve sur la pointe nord-ouest ibérique. Avec 7 jours et 4h15 de retard sur le gros de la flotte, il entame désormais une toute autre course. En ligne de mire, la perspective de recoller sur les derniers de la flotte avant le Cap de Bonne Espérance et d’établir un temps de référence autour du monde, calqué sur celui de Vincent Riou, en 2005, soit 87 jours pour un tour de planète. Hier, le monocoque a quitté les Sables devant 2000 personnes : un départ magique. Cette nuit, “Jibé” a retrouvé ses marques dans un flux léger de Nord - Nord-Est et progressait à près de 10 nœuds. Son premier objectif est d’atteindre le Cap Finisterre (Espagne) demain.

“Je n’en crois pas mes yeux. C’est noir de monde le long du chenal et déjà au ponton, il y avait bien 300 à 400 personnes autour du bateau. J’en ai des frissons.” Jean-Baptiste aurait dit tout pareil, mais en l’occurence, c’est Jean-Paul Hembise, PDG du Groupe Maisonneuve, qui tentait ainsi de trouver les mots hier après-midi, au moment du départ de Maisonneuve. Après 4 jours d’un chantier hallucinant au cours duquel l’équipe technique a abattu près de 500 heures de travail, le monocoque a retrouvé hier soir son élément en même temps que la raison profonde de sa présence en Vendée : partir autour du monde et en course. Certes la régate a changé de visage, mais après mûre réflexion, Jean-Baptiste et son cercle proche ont choisi de prolonger l’aventure et se sont donnés d’autres objectifs sportifs. “Pas question pour moi de partir en promenade, sinon je n’aurais pas le même bateau”, disait déjà Jean-Baptiste la semaine dernière. “Je pars avec la volonté de rattraper le plus de concurrents possible avant le grand sud. Pas question de m’engager totalement esseulé dans cette partie hostile du parcours. Dans les trois semaines qui viennent, avant le Cap de Bonne Espérance, je verrai comment les choses évoluent et si le sort ne s’acharne pas plus, alors tout est possible.”

UN BON SCHEMA METEO

Le schéma météo des prochaines heures apparaît en tout cas relativement favorable. La sortie du Golfe de Gascogne s’annonce plus venteuse que prévu. jean-Baptiste a progressé cette nuit dans l’Ouest pour toucher une bascule de vent portants de secteur Nord qui devraient le propulser assez rapidement vers Madère puis les Canaries. Même s’il convient de rester prudent, l’horizon s’est considérablement dégagé à bord de Maisonneuve, comparé à la situation de ces derniers jours. A nouveau pleinement tourné vers sa course, Jean-Baptiste part en chasse sereinement. Il a en point de mire le canadien Derek Hatfield (Algimouss), qui progresse au large du nord-Portugal. Et s’affiche déterminé à se battre également contre le chrono, pour accrocher le temps établi sur le même parcours par Vincent Riou en 2005 : 87 jours et 7 heures. Il y a 4 ans, Riou était passé à l’Equateur en un peu moins de 11 jours. Pour Jean-Baptiste, ce premier temps intermédiaire sera déjà intéressant.

Mardi 18 Novembre

“On n’a pas fait tout ça pour rien”

Joint lundi après-midi par Sylvie Lagarrigue-Berger, spécialiste voile pour La Dépêche du Midi, Jean-Baptiste évoque ses premières sensations à bord et revient sur son état d’esprit, au moment de s’engager pour un second départ dans le Vendée Globe. Extraits.

LES PREMIERES SENSATIONS.

“Pour l’instant (lundi 13h30), je suis un peu frustré de m’élancer avec si peu de vent , mais je prends mon mal en patience car je sais que ça va rentrer fort et me pousser par vent arrière.”

LE SECOND DEPART.

« J’étais loin de m’imaginer qu’il y aurait autant de monde. A terre il y avait plus de monde que pour mon premier départ (…) et une fois dehors il y avait tellement de voiliers que je n’ai pas pu tirer des bords comme je l’avais prévu, j’ai préféré filer direct vers le large. Repartir dans de telles conditions, ça rassure, je me dis qu’on n’a pas fait tout ça pour rien.”
LES REPARATIONS. « La dernière journée avant le départ, j’étais encore en train de peindre la coque, c’est assez incroyable pour une veille de départ de Vendée Globe ! (…) Mais c’est à mon équipe que revient tout le mérite de ce colossal chantier qu’ils ont décidé de mener dans les meilleurs délais.”
LA DECISION DE REPARTIR. “C’était vraiment trop bête de n’avoir pu naviguer que 24 h en course, après tout le temps passé à préparer ce projet. J’avais trop peur de le regretter très longtemps.”

Un virage à gauche et du vent

Mardi 18 nov. 2008 - 12h44 - Au pointage de 11h ce matin, Maisonneuve affichait une vitesse en hausse : 12,3 nœuds de moyenne sur la dernière heure. A l’approche de la pointe nord-ouest ibérique, il s’apprête à prendre un joli virage à gauche pour amorcer la descente plein sud le long du Portugal. Le vent semble “rentrer”, comme prévu : environ 20 nœuds de secteur Nord-Est. En 26e position, il accuse un retard de 460 milles sur le 25e, le Canadien Derek Hatfield.

“Petit à petit, je m’installe à bord”

Mardi 18 nov. 2008 - 20h44 - Message du bord, reçu ce soir peu avant 20h. “Salut ! Quel départ ! J’en reviens toujours pas, et j’en profite pour remercier vivement tous les gens qui se sont déplacés et tous ceux, également qui m’envoient des encouragements. C’est tout simplement incroyable ! Merci encore ! Je n’ai pas trop eu le temps d’écrire depuis le départ. J’ai eu pas mal de molle avec des vents très variables entre 0 et 30 nœuds, sur 360°. Le vent est désormais installé au Nord - Nord-Est (…) La mer est difficile aux abords du Cap Finisterre. C’est un peu le bazar et je me fais balloter dans tous les sens… Petit à petit je m’installe à bord. Pas de souci particulier (…) Je vais continuer dans l’ouest jusqu’à demain soir (mercredi), puis “jibe” (empannage) et direction le sud. Sinon ici, c’est la fête du cargo. J’en ai eu jusqu’a 12 qui clignotaient sur l’AIS et je me suis fais un peu surprendre par un cargo qui avançait en marche arrière. En fait il était remorque avec une abeille espagnole !”

Mercredi 19 Novembre

C’est bientôt l’heure du sud

Dans les heures qui viennent, Maisonneuve devrait mettre du sud dans sa route. Après deux premiers jours de navigation dans un Golfe de Gascogne apaisé mais ingrat, au cours desquels Maisonneuve a connu la pénible alternance des calmes et des vents irréguliers, Jean-Baptiste a doublé cette nuit le Cap Finisterre (Espagne) et poursuivait ce midi une route vers le large, tribord amure, dans un flux de Nord-Nord-Est d’environ 20 nœuds. Il filait à 13 nœuds de moyenne. Il devrait empanner en fin d’après-midi, pour pointer son étrave vers les Canaries. A bord, le moral est bon.

Le schéma météo escompté dimanche au moment du départ des Sables d’Olonne se vérifie à bord de Maisonneuve. Comme prévu, les deux jours de Golfe de Gascogne ont été peu venteux, mais la fenêtre attendue s’entrouvre chaque heure un peu plus pour Jean-Baptiste. Hier soir, déjà, alors qu’il commençait à enrouler la pointe nord-ouest de l’Espagne, il confirmait : ” J’ai eu pas mal de molles avec des vents très variables entre 0 et 30 nds sur 360° … Le vent est désormais installé au Nord - Nord-Est, je suis sous code 3 avec un ris… La mer est difficile aux abords du Cap Finisterre, c’est un peu le bazar et je me fais balloter dans tous les sens …”. Avec le renforcement des vents de secteur Nord - Nord-Est, le bateau a depuis allongé la foulée, comme il le décrivait à la vacation de ce midi. ” Le bateau marche bien. J’ai fait des surfs à 20-22 nœuds, j’ai 20 nœuds de vent et 30 nœuds dans les grains.” Jean-Baptiste a choisi de gagner d’abord dans l’ouest, préférant évoluer au large plutôt qu’une descente trop près des côtes portugaises. La veine de vent y sera plus favorable. ” Je vais chercher dans l’ouest un couloir de vent entre deux dépressions qui devrait me permettre de faire une route directe vers le pot-au-noir. “ Toute la question était encore de savoir à quel moment il empannerait, pour obliquer franchement sa route vers le sud et commencer à combler le retard de 500 milles qu’il accuse ce midi sur le canadien Derek Hatfield (Algimouss). “Je vais continuer dans l’ouest jusqu’à cet après-midi et je pense empanner d’ici ce soir”, précisait-il encore ce midi.

“LE DEPART D’UNE TRES BELLE AVENTURE”

Une chose est sûre : à bord tout va pour le mieux. “Jibé” a profité de ces deux premiers jours de mer pour se remettre physiquement et psychologiquement dans la partie. Il s’était fixé le premier objectif de franchir le nord-ouest espagnol en 2 jours, ce qui est fait. Il escomptait toucher alors un système météo favorable à une descente rapide, ce qui est fait également. Le voilà désormais bien positionné pour envisager une navigation rapide vers les Canaries. S’il atteint l’archipel espagnol tôt samedi matin, il sera dans le tempo de référence de Samantha Davies (Roxy), actuellement 12e au classement. “Je suis super motivé. Des tas d’encouragements m’arrivent à bord par mail. Je vais faire une nav’ propre et on verra ce que ça donnera à l’arrivée. C’est sûr, repartir une semaine après les autres reste difficile. Mais je me suis fixé d’autres objectifs et je reste encore porté par l’incroyable départ de dimanche, avec des milliers de personnes venues m’encourager aux Sables. Des moments exceptionnels, totalement incroyables. J’espère que c’est le départ d’une très belle aventure.” Autre motif de satisfaction : l’état de Maisonneuve : “le bateau va bien. Les réparations sont nickel et hormis deux petites fuites au niveau des tunnels où passent les bouts, tout va bien. Je bricolerai ça un peu plus tard.”

Empannage mode d’emploi

Mercredi 19 nov. 2008 - 19h14 - Jean-Baptiste a empanné cet après-midi vers 16 heures. Cap au sud. Une manœuvre délicate qui lui a réclamé près d’une heure de travail intensif, dans un vent soutenu. Petit résumé humoristique du skipper. Message du bord du mercredi 19 novembre. 18h33. “Bon ben, ça envoie du gros lourd !! (tout comme j’aime). A l’instant où j’écris ces lignes, je suis à plus de 20 nœuds sous 1 ris et code 3. Dehors, ça fume, j’ose à peine sortir la tête de peur de prendre une citerne d’eau dans le cou. J’ai “jibé” (empanné) il y a 2 heures et j’avoue que c’est bien du sport ! Ça m’a pris quasiment une heure de maneuvre intense, décortiquée comme suit:

- Petite séance de matossage

- Attente de la fin d’un grain et rangement du pont avant la manoœuvre

- Profiter de la 1ere molle pour enrouler le gennak (pas facile facile)

- Enlever le hale-bas

- Lofer un petit coup pour prendre un ris dans la GV

- Vider les ballasts

- Mettre la quille dans l’axe

- Attente du passage d’un nouveau grain et préparation des bastaques

- Border écoute de GV et chariot
- Mettre la GV dans l’axe

- Prier très fort et appuyer 2 fois sur le bouton + 10 de la télécommande

- Paf ça passe nickel !

- Finir de reprendre la bastaque au vent
 - Quiller

- Ballaster
 - Remettre le hale bas
- Régler la GV

- Renvoyer le code 3

- Border tout ça

- Régler le pilote

- Et en piste pour les surfs endiablés !!
 Bon la récompense c’est que je devrais etre penard pour un moment !! J’attends que ça molisse pour commencer une petite liste de bricolages divers et variés (surtout des fuites). Pour le moment je vais aller m’accrocher à la bannette pour essaye de me reposer !!“

Mercredi 19 Novembre

“Une belle glissade dans mon sac de couchage”

Jeudi 20 nov. 2008 - 8h43 - Message du bord de fin de nuit. Ambiance agitée et enthousiaste à la fois. “Salut ! Tout va bien. Je viens d’enquiller 430 milles en 24h ! Après ce long bord à l’ouest, je suis super bien placé pour me faire l’Atlantique Nord d’un trait !! Le vent à molli un peu dans la nuit (20 nœuds), ce qui m’a permis de dormir un peu plus que d’habitude. D’ailleurs je suis encore dans mon sac de couchage !!

“Cette nuit le bateau à “légèrement” planté dans un surf à plus de 24 nds. J’ai fait une belle glissade dans mon sac de couchage, depuis la banette jusqu’à la cloison de mat !!! A part ça, le bateau se comporte à merveille et le pilote automatique est tout simplement incroyable. Je n’avais pas eu l’occasion de tester cette nouvelle génération dans ces conditions et j’en suis ravi ! Merci à tous pour les encouragements renouvelés.A bientôt sous spi. JB”

A la hauteur de Gibraltar

Jeudi 20 nov. 2008 - 16h17 - Au pointage de 16h, Maisonneuve continuait à progresser rapidement au large de la péninsule ibérique, quasi à la hauteur de Gibraltar. Avec une moyenne de 13,4 nœuds, il affiche la 2e meilleure vitesse de la flotte, après Bernard Stamm (13,9 nœuds) et a ramené son retard sur Derek Hatfield à environ 420 milles (780 km), soit 80 milles (150 km) de moins qu’hier midi.

Vendredi 21 Novembre

Madère en 4 jours et demi

Vendredi 21 nov. 2008 - 9h33 - Maisonneuve a franchi la latitude de Madère ce matin, soit environ 4 j et 12 h après son départ des Sables. Dans le rythme de Samantha Davies une semaine plus tôt. ” Pas mal du tout, si l’on tient compte du dégolfage un peu mou, indique Jean-Baptiste. Le vent s’est un peu calmé et le temps s’est éclairci. Premier nuages d’alizés et premières nuits étoilées. c’est bientôt la fin de l’hiver et des polaires !” Ecart avec Derek Hatfield ce matin : 380 milles. En vitesse aux Canaries Deux jours après un bel empannage très au large du Cap Finisterre qui lui a permis de s’engager plein sud dans un joli couloir de vent, Maisonneuve déboule maintenant vers la latitude des Canaries qu’il devrait atteindre la nuit prochaine. Jean-Baptiste affiche la meilleure vitesse de la flotte sur ces dernières 24 heures, avec 14,1 nœuds de moyenne. Ce midi, Derek Hatfield n’était plus qu’à 340 milles devant lui.

4 jours et 12 heures pour rallier Madère, malgré un Golfe de Gascogne peu venteux. Jean-Baptiste pouvait afficher un large sourire ce matin. Il est un peu en avance sur le temps de Sam Davies (Roxy) réalisé sur le même parcours une semaine plus tôt. Et surtout il ronge goulument le retard de 500 milles qu’il accusait encore avant hier matin sur le 25e, Derek Hatfield (Algimouss). Ce midi, il n’en était déjà plus qu’à 340 milles (615 km). En 48 heures, il lui a repris 160 milles (290 km). Les moyennes affichées parlent d’elles-même. Alors que le Canadien progressait à 8,2 nœuds sur ses dernières 24 heures, “Jibé” filait à 14,1 nœuds. Il confirmait, ce midi, à la vacation : “Ça avance pas mal, c’est sûr. Je suis maintenant en route ves les Canaries, que je devrais passer demain. Je suis super content de mon option très à l’Ouest prise au niveau du Cap Finisterre et je devrais rattraper encore les petits copains devant. J’ai comblé plus d’un tiers de mon déficit sur Algimouss. Les conditions sont idéales avec une houle qui commence à s’organiser, un ciel étoilé et des petits nuages d’alizés. Tout va bien. Le bateau est bien reglé et je suis tparticulièrement content de mon pilote automatique.”

UNE ZONE COMPLEXE A ABORDER

A bord, l’ambiance se réchauffe à plus d’un titre. D’abord parce que Maisonneuve touche des latitudes plus clémentes et que la crème solaire sera bientôt de sortie. Ensuite parce que Jean-Baptiste aborde désormais une zone plus délicate sur le plan stratégique, la météo redevenant plus complexe. “C’est bientôt la fin de l’hiver et des polaires ! Sauf que maintenant c’est à l’intérieur que ça fume. Je me prends un peu la tête pour gérer l’approche d’un petit centre dépressionnaire instable en création dans mon sud-ouest et qui pourrait bien me couper les alizés sous le pied. Pour le moment je suis toujours bien installé pour profiter de l’Est de la courbure max de l’anticyclone situé au dessus de moi. Le jeu c’est de doser entre des vents plus portants et plus consistants à l’Est, mais qui peuvent m’obliger a faire une série d’empannages, ou du vent plus mou a l’ouest, mais permettant de faire route directe, tout en frôlant les calmes… Pour le moment je dose, je dose.” Lancé à pleine vitesse à la poursuite d’Algimouss, Jean-Baptiste doit aussi maintenir sa vigilance sur le trafic maritime, grâce au système AIS, qui lui permet de détecter les navires alentour. “J’ai frôlé 2 cargos pendant la nuit. Je crois que je leur ai fait peur !! Il y avait du monde sur le pont avec des lampes pour comprendre ce qu’était le machin clignotant lancé à 2O nœuds dans leur direction !”

Vitesses record etCanaries en vue

Vendredi 21 nov. 2008 - 20h41 - Au pointage de 20 h, Jean-Baptiste venait de signer une heure à 16,4 nœuds de moyenne. Les vitesses de Maisonneuve augmentent et l’écart avec Derek Hatfield vient de passer sous les 300 milles (290 milles). A ce rythme, la latitude des Canaries devrait être atteinte en milieu de nuit.

Samedi 22 Novembre

Les Canaries dans le rétro

Samedi 22 nov. 2008 - 11h53 - Maisonneuve poursuit sa belle glissade vers l’Equateur. A 5 h, ce matin, le monocoque contournait l’archipel des Canaries, qu’il a atteint en 5 jours et demi, comme Sam Davies (Roxy). Jean-Baptiste est encore le plus rapide de la flotte sur ces dernières 24 heures, avec 350 milles (650 km) parcourus à la moyenne de 14,2 nœuds. Son écart avec Derek Hatfield est désormais de 228 milles (420 km). Prochain piège à contourner : le passage du Cap Vert, distant de 700

Dimanche 23 Novembre

Le Cap Vert pour demain

Dimanche 23 nov. 2008 - 11h27 - Avec 340 milles parcourus ces dernières 24 h, Jean-Baptiste est toujours le plus rapide de la flotte, pour la 4e journée consécutive. Maisonneuve se rapproche d’Algimouss (D.Hatflield) à 15,4 nœuds de moyenne. Le Canadien n’est plus qu’à 190 milles de son étrave et le Cap Vert, qu’il devrait atteindre demain matin, à environ 260 milles. Message de ce matin : “Ça va vite mais je trouve quand même le sommeil malgré les conditions “stressantes”.

Lundi 24 Novembre

Feu orange au Cap Vert

Après 4 jours à un train d’enfer, l’heure est au ralentissement. Jean-Baptiste a contourné l’île Santo Antao (Cap Vert) tôt ce matin. Dans une zone plus perturbée au plan météo, Maisonneuve progresse moins rapidement ces dernières heures, mais continue à grignoter son retard sur les concurrents qui le précèdent. Le voilà désormais sur “l’autoroute vers l’Equateur”, à moins de 100 milles du Canadien Derek Hatfield. “Tout va bien ici. J’ai contourné l’ile de Santo Antao en fin de nuit, soit en un peu plus d’une semaine ! Beau score ! Cette île culmine à presque 3000 m d’altitude et j’en ai ressenti le dévent ce matin, alors que j’étais pourtant situé à 100 km en dessous ! ” Dans son message de mi-journée, Jean-Baptiste avoue un certain soulagement à naviguer un peu moins vite ces dernières heures. Il reste néanmoins, pour la quatrième journée consécutive, le concurrent le plus rapide de la flotte sur les dernières 24 heures, avec une moyenne de 11.4 nœuds. Mais sa vitesse est tombée en fin de matinée aux alentours des 8 nœuds, signe qu’il évolue maintenant dans un système perturbé, le même que celui dans lequel Thomas Coville, lancé dans sa conquête du record du tour du monde en solitaire, est tombé hier à bord du maxi trimaran Sodebo.

LE SOUVENIR DE GABRIEL ET CESARIA


Désormais en short et t-shirt, accompagné par les poissons volants, Jean-Baptiste n’en est pas affecté pour autant. “L’avion MaisonneuvE à mach 3 depuis une semaine, c’est un peu usant ! Une semaine comme ça, vous comprendrez qu’on ait besoin de se soulager les oreilles !” L’accalmie va lui permettre de se reposer un peu, peut-être même de se lancer quelques petits travaux d’entretien programmés. Il goûte aussi au plaisir de naviguer dans ce secteur qu’il affectionne particulièrement. ” Je suis bien content d’être au Cap Vert. C’est vraiment un coin que j’adore même si, pendant la Transat Jacques Vabre 2005, nous l’avions surnommé les “îles du calvaire” (faute de vent) et que je m’y étais arrêté pendant la mini 6.50 pour réparer une barre de flèche… Il y a d’autres bon souvenir quand même… Mindelo sur l’ile de Sao Vicente, où l’accueil avait été incroyable, notamment par un certain Gabriel (un ange local?), qui m’avait pris en charge pour résoudre tous mes problèmes tout en me faisant découvrir la culture locale, la nourriture, la maison de Césaria Evora, la musique capverdienne.”

LES BONS TEMPS INTERMEDIAIRES

C’est donc dans ces “conditions de navigations excellentes” que “Jibé” ponctue une première semaine de course assez époustouflante. Depuis son empannage vers le Sud, à la hauteur du Cap Finisterre, mercredi après-midi, Maisonneuve n’a cessé de tutoyer les records de vitesse de la flotte et a considérablement comblé son déficit. Ce midi, à un peu moins de 100 milles du 25e Derek Hatfield (Algimouss), il a repris en cinq jours près de 500 milles sur la tête de la flotte, encore distante de 1500 milles. Il a également ramené l’Autrichien Sedlacek (Nauticsport-Kapsch), 24e, à moins de 500 milles de son étrave. “Le péage du Cap Vert n’a pas été trop cher. En route pour l’autoroute qui souvre devant moi jusqu’à l’Equateur. Avec un peu de bol, j’aurai pas de pot (au noir)”. En atteignant le Cap Vert en quelques 7 jours et demi, Maisonneuve est dans le rythme d’un Vincent Riou cette année, et plus rapide que Samantha Davies ou Bernard Stamm. Les prochaines heures seront déterminantes pour négocier au mieux cette phase de transition et enchainer sur le pot-au-noir et l’équateur. La semaine passée, Peyron avait mis 12 jours et 9 h pour passer dans l’hémisphère sud. Pour que Jean-Baptiste réalise ou améliore ce temps, il lui faudrait couper le 0° au plus tard samedi, 2h17 du matin.

Mardi 25 Novembre

“Tous les feux sont au vert”

Mardi. 25 nov. 2008 - 17h39. Au téléphone avec le PC presse du Vendée Globe, Jean-Baptiste fait le point sur sa progression. Au classement de 16h, entre Cap Vert et équateur, il maintient le rythme. Son écart avec Algimouss s’est stabilisé et il se rapproche de Sedlaceck (367 milles), Wilson et Dinelli (737 milles). Il espère un Pot au Noir “pas si noir que ça”. (source : Trigone / Vendée Globe)

Mercredi 26 Novembre

Le Pot de l’amitié

Jean-Baptiste espère avaler, dans les heures qui viennent, un Pot au Noir amical. Sur l’élan de sa première semaine, Maisonneuve garde une bonne vitesse moyenne mais bute depuis lundi sur des zones plus calmes et perturbées. Son retard sur ses rivaux s’évapore toujours, néanmoins. “Jibé” peut désormais espérer un scénario idéal : record de la flotte sur la distance Sables d’Olonne - équateur (vendredi, peut-être), puis descente rapide de l’Atlantique Sud, à la faveur d’un décalage vers l’Est de l’anticyclone de Sainte-Hélène, qui actuellement oblige les leaders à un grand détour.

On ne va pas s’emballer, mais le bilan de Maisonneuve après 10 jours de chasse incite plutôt au sourire. Il suffit de visionner les images du duplex de BFM TV réalisé hier matin avec le skipper, pour mesurer et goûter son plaisir. “Ça va super. Je vois une entrée dans le Pot au Noir pas si noire que ça, mais tout peut changer tellement vite. Pour le moment, j’aborde cette zone plutôt favorablement, j’ai énormément recollé avec la queue de flotte en quelques jours et le bateau va très bien.”, confirmait-il hier midi.

“COMME EN MODE RECORD”

Après avoir trusté 4 jours de rang le statut d’homme le plus rapide de la flotte sur les dernières 24 heures, Jean-Baptiste a quelque peu levé le pied depuis le franchissement du Cap Vert, lundi matin. Un coup de mou tout relatif. Ce matin, à ce petit jeu de la statistique, il n’était encore devancé que par Marc Guillemot (12,9 nœuds de moyenne) et faisait jeu égal avec Roland Jourdain (12,5 nœuds de moyenne). Avec un sillage encore bien tranchant dans les eaux chaudes du proche équateur, Maisonneuve continue d’avaler son retard sur ses concurrents les plus proches. Ces 3 derniers jours, il a ramené Derek Hatfield (Algimouss) de 180 à 60 milles de lui. Il a réduit de plus de 300 milles son retard sur l’Autrichien Sedlaceck (à 282 milles à 16 h). Et il reprend toujours du terrain sur les Wilson et Dinelli (à 648 et 615 milles). “Je ne regarde pas trop les autres concurrents. Je me contente de naviguer propre, comme si j’étais en mode record. D’ailleurs je pense pouvoir être dans les meilleurs temps sur la distance Sables - Equateur.”

LE COUP DE POUCE DE SAINTE-HELENE

Au rythme actuel, il pourrait en effet franchir la ligne de séparation des hémisphères vendredi dans la matinée, soit 11 jours et demi après son départ, quand Loïc Peyron avait mis 12 jours et 9 h. Signe que le benjamin de ce Vendée a su négocier parfaitement un tableau météo suffisamment favorable pour le remettre idéalement en course. A l’instar d’un Thomas Coville, parti la semaine dernière de Brest pour battre le record du tour du monde en solitaire (trimaran Sodebo) et qui navigue déjà sous l’équateur, Jean-Baptiste mise encore sur un coup de pouce supplémentaire du destin dans les jours qui viennent : un recalage dans l’Est de cet énorme anticyclone de Sainte-Hélène qui lui ouvrirait une route plus directe vers Bonne Espérance. Mais avant d’envisager pareil scénario, il y a un pot à avaler. Cul sec, si possible.

Jeudi 27 Novembre

Equateur me voilà !

Jeudi 27 nov. 2008 - 13h28 - Le Pot au Noir est déjà derrière Jean-Baptiste, qui pense franchir l’équateur la nuit prochaine. Maisonneuve navigue actuellement dans un flux léger et instable, mais garde une bonne vitesse. A 11h, son écart avec Derek Hatfield (Algimouss) était de 44 milles (80 km). Extraits de sa dernière vacation téléphonique avec le PC course.

Jean-Baptiste, par téléphone, à 11h10 heure de Paris :

“L’équateur, c’est pour la nuit prochaine ! Les conditions ont changé. Quand on passe de l’autre côté du Pot au Noir, on se retrouve avec un vent plus de face et une mer relativement désorganisée, avec les effets de pressions et dépressions qui passent ici. Ça fait un peu l’effet d’une bouilloire, le bateau se fait un peu balloter dans tous les sens. C’est dérangeant, parce qu’on a un peu l’impression d’être toujours mal reglé, mais il n’y a pas grand chose à faire. Il faut sortir de cette zone le plus vite possible. Actuellement, j’ai entre 12 et 14 nœuds de vent, avec un angle de vent qui oscille entre 80° et 110°. C’est donc difficile de bien faire marcher le bateau, car je suis toujours à cheval entre plusieurs configurations de voilure possibles : grand-voile haute et solent ou grand voile à 1 ris et génois ou grand voile à 1 ris et solent. Il faut être dessus tout le temps.”

Vendredi 28 Novembre

Le plus rapide à l’Equateur, en 11 jours et demi !

endredi 28 nov. 2008 - 9h13 - Maisonneuve a franchi l’Equateur en fin de nuit, aux environs de 6h du matin (heure française), ce qui fait de Jean-Baptiste le plus rapide de la flotte sur la distance Sables - Equateur, Loïc Peyron, alors en tête, ayant été pointé le 21 novembre en 12 jours et 9 heures. Maisonneuve navigue désormais dans l’hémisphère sud. A 5 h ce matin, il n’était plus qu’à 30 milles (55 km) du Canadien Derek Hatfield.  

La tête à l’envers

Jean-Baptiste Dejeanty a coupé la ligne équatoriale ce matin, vers 6h15, réalisant ainsi le meilleur temps de la flotte entre les Sables d’Olonne et l’entrée de l’hémisphère sud, en 11 jours et 13h. Ce chrono ponctue une belle remontée sur 10 jours. Sans trop se soucier des adversaires, Jean-Baptiste navigue en mode record, le plus “proprement” possible. Après un Pot au Noir clément, mais toujours éprouvant, Maisonneuve évolue maintenant contre un vent de sud-est encore modéré. Le Canadien Hatfield (Algimouss) n’est plus qu’à 30 milles de lui.

Il a fait chaud, très chaud à bord de Maisonneuve des deux derniers jours. De quoi coller au skipper une migraine toute la journée d’hier. “J’ai chopé un coup de bambou hier, en barrant sous le soleil. Du coup j’ai trouvé d’autres occupations : check complet du bateau, grand ménage de printemps avant d’arriver en été (passage de l’Equateur), matossage et rangement de la soute à voile. “ Il voulait avaler le Pot “cul sec” et il l’a fait. Mais pas pour autant dans la facilité. Veiller au grain, se faufiler entre les nuages, éviter les orages et parer aux brusques oscillations du vent. Un Pot au Noir, même fraternel, reste un passage délicat et éprouvant. Mais à la sortie du tunnel, “Jibé” s’étonnait encore ce matin d’être passé aussi vite. “J’ai eu pas mal de choses à faire ces derniers temps à bord. Surtout avec le passage du Pot au Noir, pendant lequel le temps est divisé en deux. Les moments ou je faisais chauffer le serveur de Météo France avec mes requêtes d’images satellites et les moments passés sur le pont à scruter les nuages en slalomant au mieux… Résultat (presque) parfait, puisque je n’ai pris qu’un seul grain ! Sympa le Pot au Noir ! J’en reviens toujours pas comment je me suis faufilé à travers le bazar !”

PETITS BOUTONS, GROS REMEDES

Ce matin, à 6h15 heure française, Maisonneuve a donc changé d’hémisphère . Au cœur de la nuit équatoriale, Jean-Baptiste a fait sauter le champagne, le temps de la rituelle offrande à Neptune, au bateau et à lui-même. Il navigue désormais la tête à l’envers des Nordistes, et dorénavant, plus il ira au sud, plus le mercure descendra. Ce rafraichissement est également souhaité : “il fait une chaleur épouvantable. Avec l’humidité, la chaleur et le sel, j’ai de nouveau des petits boutons qui apparaissent sur les poignets. Du coup, je passe pas mal de temps a prendre soin de moi…” Dans ces conditions, une hygiène corporelle minimale est indispensable pour éviter au marin de finir en statue de sel. A condition de ne pas se tromper de remède. “L’autre nuit, j’ai confondu les lingettes de Saint-Marc avec celles pour bébé, pour me nettoyer
le derrière ! Aïe, ça pique un peu !”.

” DES CONDITIONS PAS TRES PLAISANTES”

Un peu moins rapide, mais meilleur en cap que son adversaire direct Derek Hatfield, Maisonneuve n’était plus ce midi qu’à 30 milles de la 25e place. Il navigue actuellement au près, face à un vent de secteur sud-est autour de 15 nœuds. “Des conditions qui ne sont pas très plaisantes. Le vent est très variable et les vagues ne savent même pas elles-mêmes où elles veulent aller ! C’est vraiment très pénible. On a l’impression de n’être jamais bien réglé et le près, vraiment j’aime pas ça !”. En filant ainsi vers le sud, et si l’anticyclone de Sainte-Hélène daigne se décaler vers l’Afrique, Jean-Baptiste pourra toucher des vents plus portants et faire une route plus directe vers Bonne Espérance. Dans les heures qui viennent, il sera intéressant de voir s’il peut tout de même ravir la 25e place à sa proie canadienne. A surveiller aussi, son écart avec le 24e, Norbert Sedlacek, dont l’avance ne cesse de fondre (233 milles ce midi).

Lundi 01 Décembre

Le clignotant à gauche

C’est fait ! Jean-Baptiste Dejeanty a gagné une place au classement de ce Vendée Globe. Il a mis le clignotant à gauche pour dépasser ce matin le Canadien Derek Hatfield (Algimouss). Deux autres bateaux se présentent déjà dans sa ligne de mire. Raphaël Dinelli, ralenti depuis 2 jours, n’est plus qu’à 79 milles. Norbert Sedlacek (Nauticsport - Kapsch), à environ 170 milles, voit également fondre son avance. Dans les heures qui viennent, Maisonneuve devrait infléchir sa route toujours à gauche, vers Bonne Espérance, à la faveur d’un favorable décalage vers l’Est de l’anticyclone de Sainte-Hélène. Seule contrariété : un souci d’antenne qui le prive actuellement de fichiers météo.

Deux semaines pour recoller à la flotte. En repartant des Sables d’Olonne le 16 novembre, une semaine après les autres, Jean-Baptiste pouvait craindre d’arriver isolé dans le Grand Sud. Le benjamin de la flotte s’est pleinement rassuré au terme d’une quinzaine enragée, au cours de laquelle il a exploité idéalement un schéma météo favorable. Il a comblé en 14 jours la bagatelle de 430 milles (785 km) de retard sur son rival canadien. Il a fait mieux encore vis à vis de l’Autrichien Sedlacek, auquel il a repris plus de 1000 milles (1850 km). Et il en a profité pour établir le meilleur temps de la flotte sur la distance Les Sables - Equateur (11 jours, 13h).

FENETRE POUR BONNE ESPERANCE

“Depuis le départ, je navigue en mode record, sans me soucier de mes adversaires, mais juste avec l’obsession de bien faire marcher le bateau et d’exploiter au mieux les conditions météo”, répète le skipper, depuis plusieurs jours, à ceux qui le questionnent sur sa motivation. Son enthousiasme est d’autant plus légitime que ses fichiers météo ne lui laissent entrevoir que du bon. Le déplacement de l’anticyclone de Sainte-Hélène vers l’Est se confirme. Lui qui avait obligé la tête de la flotte à rallonger considérablement sa route va ainsi laisser passer la queue de flotte sur une trajectoire plus courte vers Bonne Espérance. “C’est surtout pour les deux retardataires, Derek Hatfield et Jean-Baptiste Dejeanty que ce changement météorologique est bénéfique, analysait déjà hier Dominique Bourgeois, sur le site officiel de la course. Ils vont non seulement raccourcir leur trajectoire vers la porte des glaces atlantique d’au moins 200 milles, mais en plus, ils vont accrocher une dépression qui se forme au large du Brésil, apportant un régime de Nord-Est puissant qui ne va s’étioler qu’à proximité de l’Afrique du Sud ! Leur compte de débours pourrait se réduire à peau de chagrin…” Rivé ces derniers temps de longues heures par jour à sa table à cartes, Jean-Baptiste est conscient de l’opportunité. “Il y a vraiment une belle fenêtre devant moi et j’ai de bonnes raisons d’espérer faire de belles choses…” expliquait-il hier après-midi à un journaliste de France 3.

“SAGA AFRICA SUR LE PONT !”

Dans des conditions de vent de Nord-Est forcissant, Jean-Baptiste ne ménage pas sa peine pour tirer la quintessence de Maisonneuve. Dans le top 5 de la flotte sur ces dernières 24 heures, il affichait ce matin un 14,4 nœuds de moyenne (3e temps de la flotte entre 5h et 11h). A bord, l’ambiance est humide et cahotique. “C’est un peu saga Africa sur le pont ! Je suis sous genaker, à 17 nœuds sur l’eau et ça mouille beaucoup. A ces vitesses-là, on se retrouve vite à naviguer contre la mer”, expliquait-il ce midi lors de la vacation.

L’ANTENNE FAIT DES SIENNES

A ce rythme, Raphaël Dinelli (Fondation Ocean Vital) et Norbert Sedlacek (Nauticsport - Kapsch) pourraient bien lui céder leur place dans les heures à venir. Au 15e jour de mer, Maisonneuve peut encore lorgner sur le Basque Basurko (à 626 milles) et l’Américain Wilson (696 milles). Il peut aussi espérer établir un autre joli chrono au Cap de Bonne Espérance. Il y a 4 ans, Vincent Riou avait doublé la pointe Sud de l’Afrique en 24 jours, 2 heures et 18 minutes. Il reste un peu plus de 9 jours à Jean-Baptiste pour égaler ou améliorer ce temps de référence. Seule ombre au tableau : un souci d’antenne tout récent, qui prive Jean-Baptiste d’une réception correcte de fichiers météo. “Ça marche une fois sur deux, mais je pense qu’on devrait solutionner le problème”, expliquait-il encore ce midi.

Mercredi 03 Décembre

Les prémices du Sud

Plafond plus bas, manches plus longues, couleurs et atmosphère plus grises… Depuis hier, Jean-Baptiste navigue sous des latitudes inconnues. Il a franchi le 25° Sud et se prépare doucement aux quarantièmes rugissants. Après avoir cravaché pour refaire sa semaine de retard, il lève un peu le pied. Bricolages et repos, pour mieux aborder les conditions musclées qui s’annoncent. Au classement, Maisonneuve joue toujours au chat et à la souris avec Algimouss (Hatfield), pour la 23e place. Derrière eux, vogue désormais l’Autrichien Sedlacek (Nauticsport - Kapsch) à la 25e place. Juste devant eux, 22e à moins de 10 milles ce midi (18km), se profile Raphaël Dinelli (Fondation Ocean Vital).

Depuis hier, Maisonneuve a obliqué sa route vers l’Est, direction Bonne Espérance, porte d’entrée du mythique Grand Sud. Jean-Baptiste naviguait ce midi au cap 145° (cap Sud-Est), au Sud de la latitude de Rio de Janeiro. Une nouvelle trajectoire qui fait suite à plusieurs jours d’une route au plein Sud, sur un couloir positionné assez Ouest. “Jibé” attendait d’abord que l’anticyclone de Sainte-Hélène opère franchement son décalage vers l’Est et lui libère le passage, pour mettre le clignotant à gauche. Il souhaitait ensuite se positionner pour récupérer les dividendes d’une dépression naissante sur le Sud-Brésil générant un bon flux de secteur Nord.

GERER SA COURSE

Changement de cap, changement d’atmosphère et de rythme aussi à bord de Maisonneuve. Après 15 jours de travail intensif pour recoller au plus vite à la queue de flotte et ne pas s’engager esseulé dans le Grand Sud, Jean-Baptiste a un peu ralenti la cadence ces dernières 48 heures. D’abord à cause d’un ennui technique l’obligeant à une réparation sur son antenne satellite (lundi). Ensuite pour bien gérer sa course, ménager monture et cavalier, à l’approche des mers inhospitalières qui l’attendent. Un peu à la manière d’un coureur cycliste un peu en roue libre avant d’attaquer un grand col. “J’ai volontairement réduit la vitesse ces dernières 24 heures, avouait-il ce midi. Je voulais notamment prendre un peu plus de repos et faire un peu de bricolage sur des petites choses. C’est clair, je me prépare déjà aux mers du Sud.”

“J’AI QUITTE MON JARDIN”

Le Sud. Le mythe à portée d’étrave. “J’oscille entre l’envie d’y aller et une certaine appréhension, c’est sûr. Ma plus grande crainte, c’est la conjonction du froid, de la solitude et du très mauvais temps que l’on peut rencontrer dans ces secteurs.” Il n’en est pas encore aux plus hautes latitudes, entre 40° et 50° Sud. Mais il s’en approche et il le sent. “Je suis par 25° Sud. Je n’étais jamais descendu si bas. J’ai quitté mon jardin et je rentre doucement dans l’inconnu. La mer change, on sent qu’on n’est plus dans le même coin. Le ciel n’est plus le même, l’atmosphère est différente…” La température aussi s’en ressent. Fini le torse nu d’il y a encore deux jours. Jean-Baptiste a enfilé un tee-shirt à manches longues aujourd’hui.

“ENCORE PLUS SOLIDE QU’AVANT”

A l’orée du Grand Sud, Maisonneuve ne donne en tous cas aucun signe de fragilité. “Je crois que le bateau est encore plus solide qu’avant. Je lui ai tiré dessus dans tous les sens ces deux dernières semaines, ce qui m’a permis de vérifier que tout était ok à bord.” Avec Raphaël Dinelli en point de mire pour une place de mieux, il se prépare dès aujourd’hui à un durcissement des conditions prévu dans les heures qui viennent. C’est sûr, quelque chose est en train de changer. Le Vendée Globe de Maisonneuve est en train de basculer dans son deuxième acte.

Vendredi 05 Décembre

Excès de vitesse à répétition

Avec 405 milles parcourus dans les dernières 24 heures à une vitesse moyenne de 16,8 nœuds, Maisonneuve est à nouveau, ce vendredi (11h), le bateau le plus rapide de la flotte. A l’approche des quarantièmes, Jean-Baptiste a désormais 3 concurrents dans son sillage, et s’est totalement remis en mode régate. Conditions très sportives à bord, avec un surf à 30 nœuds cette nuit. A son 19e jour de course, il peut espérer améliorer le temps de passage de Vincent Riou à Bonne Espérance, en 2004. Soit moins de 24 jours et 2 heures.

“Ça déboule, ça déboulonne, Ça débouloche, ça deboulichonne. Bref ça tartine quoi !” Dans un petit message, ce matin, Jean-Baptiste cherchait les mots pour décrire l’indescriptible. Il n’est jamais allé aussi vite en bateau, ce qui rajoute à sa découverte du Grand Sud. “J’ai franchi les 30 nœuds (55 km/h) cette nuit, sur un surf. C’est comme si les turbines d’un avion de chasse s’étaient toutes mises en route en même temps. J’ai la sensation d’avoir pris une piste rouge en schuss. Y’a des fois, sur ces canots, on appuierai bien des 2 pieds sur le frein !” Si les sensations sont extrêmes, le skipper rassure sur les conditions : “je ne fais pas le fou non plus, je ne me prive pas, c’est tout. Les conditions sont maniables et la mer, comme le vent me permettent sereinement de réaliser ces performances. La météo est idéale pour l’exercice : 25 - 30 nœuds au travers débridé, c’est sûr que ça aide.”

“IMPOSSIBLE DE BARRER, MANŒUVRER EST UNE PUNITION”

Le confort à bord, évidemment, en pâtit grandement. “Le bateau tape beaucoup. En fin de surf, ce sont des citernes d’eau qui s’abattent sur le pont. Les petites polaires sont de sortie. Je commence à naviguer porte fermée. Ça sent le Sud, on dirait. Me voilà quasiment déjà dans les 40èmes rugissants, alors que je porte encore les sequelles des 10èmes “rougissants” avec mon dos qui pêle et qui change de peau pour l’hiver. Maisonneuve est nickel, pas de souci particulier hormis quelques petites bidouilles quotidiennes classiques. Mais qu’est-ce que ça mouille ! Impossible de barrer. Et manœuvrer est une punition sur ce genre d’engin. D’ailleurs il va falloir que je bricole à nouveau mon antenne satellite qui a du reprendre l’eau. Heureusement ce coup-ci, j’ai des cirés étanches ! Mais j’envie les nouveaux bateaux avec leurs cockpits protégés. Là, au moins, pas d’excuse pour régler et barrer. Même en string polaire je suis sûr que ça le fait!

“ BONNE ESPERANCE EN MOINS DE 24 JOURS ?

Le skipper écoute également beaucoup son corps, veille au sommeil et à s’alimenter. Gestion de course oblige. “Depuis le début , Je me sens en forme. J’ai levé le pied il y a 48 heures pour bien me préparer à ces conditions. J’ai checké le bateau et le bonhomme. Tout est ok.” En remettant les gaz hier, Maisonneuve a enfoncé un peu plus le clou sur ses poursuivants. Avec plus de 400 milles (720 kms) encore gagnés par rapport au but en 24 heures, il laisse derrière lui Derek Hatfield à plus de 30 milles, Raphaël Dinelli à plus de 150 milles et Norbert Sedlacek à 250 milles. Il a désormais en point de mire le Basque Unai Basurko. Ce dernier, en butte à des soucis de safran, lui tendait ce midi sa 21e place à seulement 68 milles (125 km). “C’est extraordinaire et je suis fier d’avoir effectué cette remontée. Et ce n’est pas fini. Depuis que j’ai rattrapé du monde, je suis pleinement rentré dans la course. Je vais bénéficier des mêmes conditions dans les 36 heures qui viennent au minimum.” En repartant des Sables d’Olonne il y a presque 20 jours, Jean-Baptiste voulait accrocher le temps de référence de 87 jours autour du monde, établi en 2004 - 2005 par Vincent Riou. A cette époque, le navigateur était passé en 24 jours et 2 heures au Cap de Bonne Espérance. En franchissant la ligne avant mercredi prochain, 19 h 17, Jean-Baptiste améliorerait ce temps. Jolie façon de frapper à la porte du Grand Sud.

Samedi 06 Décembre

Samedi 6 déc. 2008 - 18h46 - Actuellement 21e, Maisonneuve continue à gagner du terrain sur les bateaux qui le précèdent. Il est désormais à moins de 400 milles de Rick Wilson (345 milles). Hier soir, Jean-Baptiste faisait toutefois état d’un nouveau souci avec son antenne satellite.

Dimanche 07 Décembre

“Mon premier coup de blues”

Dimanche. 7 déc. 2008. 16h54 - La cadence s’est réduite à bord de Maisonneuve, qui traverse une bulle anticyclonique. Jean-Baptiste en profite pour remettre de l’ordre à bord, se reposer et digérer la mauvaise nouvelle du week-end : son antenne satellite principale est hors d’usage.

Lundi 08 Décembre

Les quarantièmes mollissants

Jean-Baptiste Dejeanty a franchi la nuit dernière la latitude des 40° Sud. Des quarantièmes mollissants, à l’approche desquels, depuis samedi, il a sérieusement ralenti la cadence. Une accalmie bien accueillie à bord de Maisonneuve. Le skipper en a profité pour “remettre de l’ordre et se reposer”. En entrant pour plusieurs semaines dans ce Grand Sud hostile, Jean-Baptiste se prépare déjà à un renforcement des conditions. Toujours 21e au classement, il vient d’ailleurs de toucher un flux d’Ouest plus soutenu qui le propulse actuellement toujours plus au Sud, à plus de 13 nœuds de moyenne.

Sérieusement handicapé pour communiquer, par la panne de son antenne satellite principale, Jean-Baptiste reste néanmoins concentré sur sa course. Pour preuve, l’option Sud qu’il a prise hier. En orientant sa trajectoire vers le Sud, qui l’éloigne d’une route directe plus directe à l’Est, il est allé à la recherche de vents plus soutenus prévus aux alentours du 42° Sud, quand son poursuivant Derek Hatfield poursuivait une route directe mais plus lente vers le secteur Est. Il semble, au dernier pointage, qu’il en touche les dividendes, avec une vitesse moyenne entre 14h30 et 15h30 de 13,3 nœuds. Et il est fort possible qu’on assiste, dans les heures qui viennent, à une inflexion de sa trajectoire à nouveau vers l’Est, à la faveur d’une rotation du vent d’Ouest vers le Sud-Ouest. Premières réponses au pointage de 20 h.

“SE REPOSER LES OREILLES”

Quoi qu’il en soit, l’élastique qui sépare la tête de la queue de flotte a eu tendance à se tendre sérieusement ce week-end. Quand les premiers affichaient des vitesses moyennes au-dessus des 15 nœuds, les derniers ne passaient plus des 8-10 nœuds. Ce matin à 11 heures, le bilan des dernières 24 heures de Maisonneuve faisait état d’un modeste 7,2 nœuds. Un ralentissement finalement salutaire pour le benjamin de la flotte qui découvre les hautes latitudes du Sud et ses conditions spartiates. “Ça permet de se reposer les oreilles et j’en ai profité pour faire un peu de toilette, changer de vêtements, me reposer et remettre de l’ordre dans le bateau”, expliquait-il hier midi (écouter également la vacation du 7 décembre).

LE SUSPENSE DE BONNE ESPERANCE

Ce midi, après une nouvelle nuit passée dans des vents relativement faibles, Maisonneuve a franchi la première porte des glaces, marque de passage imposée par l’organisation. Prochain objectif : Bonne Espérance, premier des trois caps mythiques du parcours. En le doublant avant mercredi prochain, 19h17, Maisonneuve améliorerait le temps de référence de 24 jours et 2 heures établi par Vincent Riou en 2004. Mais pour ce faire, Jean-Baptiste devra augmenter sensiblement la cadence et progresser à plus de 12 nœuds de moyenne en vitesse de rapprochement au but. S’il touche un couloir de vent durable, c’est possible. Suspense…

Mardi 09 Décembre

« Jamais vu un ciel aussi pur »

Confronté à de gros soucis de communications depuis la panne définitive de son antenne satellite, Jean-Baptiste est parvenu cette nuit à nous faire parvenir un message du 43° Sud. Où il refait le film de ces derniers jours et reste abasourdi par la beauté du Grand Sud.

” Bonjour,
Quelques jours de silence car pas mal d’occupation sur le bateau mais voici un résumé si vous avez raté le début…

Episode 1: Bienvenue dans l’atlantique SUD:
Hélène …je m’appelle Hélène…et je suis z’une heuuuu filllle commmmmmeuuhhhh les zooooooootreuh. Hélène nous fait une jolie courbette vers l’Est et favorise la création du front froid permanent d’Amérique du Sud, autant dire qu’une autoroute s’ouvre à moi et je n’ai pas manqué d’y réaliser quelques excès de vitesse ! Pourtant il y a quelques pièges à éviter et les “tout droit” ne sont pas toujours bon à prendre ! Il faut parfois savoir garder ses distances avec les femmes, elles finissent toujours pas revenir ! Du coup je persévère dans le Sud quelques heures de plus que mon compagnon canadien. Pourquoi ? Vous le saurez au prochaine épisode.

Episode 2: A donf
Là, pas de quartier, quand faut y aller, faut y aller !! Conditions idéales pour la speed, record des 24h et tout le tintouin … J’aime bien ces conditions, à chaque fois je me dis que je vais y aller cool et à chaque fois j’arrive pas à m’empêcher d’attaquer comme une bête… Le bateau réagit bien… Pas de mauvais coup… Hyper rassurant !!!

Episode 3: Fin de l’Antenne
Pendant que les trois autres garçons jouent aux amoureux avec notre chère amie, je m’attèle à la pénible tache de réparer l’antenne fleet qui ne fonctionne plus. Panne, fausse panne, début d’espoir, réparation, tests, réparations, tests. Je démonte carrément l’antenne pour la prendre à l’intérieur du canot. Démontage intégral, séchage, nouvel espoir … Ruiné quelques heures plus tard par un composant qui claque devant mes yeux. Ça y est, noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir … Premier moment fort désagréable de la course, l’antenne fleet me lache définitevement. Plus de visioconference, je ne verrais plus personne pendant 2 mois! Une petite pensée pour mon petit bonhomme que je ne verrai pas grandir pendant cette période… Pour la première fois je me sens vraiment seul et loin de tout… Plus de videos qui me permettaient de faire partager l’aventure en direct… Dommage, cela m’apportait beaucoup de plaisir et j’avais déjà pas mal d’idées à mettre en boite. Une prochaine fois… Plus de fichiers météo gargantuesque, plus d’images sat, de gavage d’informations provenant du monde entier. Ma météo par iridium se résume à quelques tout petits fichiers qui mettent des heures à arriver. Quand ça arrive. Car souvent ça foire à 99% du téléchargement… Je suis très destabilisé car je venais vraiment de m’installer dans un rythme de course dans lequel cette antenne jouait un role capital. Tant pis, il faut de nouveau se reconstruire et aller de l’avant. Décidément ça devient un mode de vie !!

Episode 3: Héléne le retour
La belle Hélène est de retour mais il ne faut pas me prendre pour une poire ! J’avais prévu le coup plusieurs jours auparavant (épisode 1) et mon décalage dans le sud me permet de me dégager in extremis de ses faveurs en empannant dans la nuit (juste après le dernier classement comme ça le canadien ne réalise que 6 Heures plus tard que je me suis fait la malle … ben oui ça fait partie du jeu …) Du coup un bon gros caramel collé à mes 3 autres collègues, ça fait du bien de creuser l’écart. On peut regarder devant de manière plus sereine.

Episode 4 : Entrée dans le Sud
Alors là c’est le plus étonnant qui me soit arrivé de la course ! Après 23 jours de mer (mon maximum jusqu’à présent). Une entrée dans un Sud souriant et ensoleillé, un ciel bleu et la mer belle mais dont la couleur sombre laisse quand même deviner un tempérament affirmé ! Quelques mammifères marins autour du bateau, des dizaines d’oiseaux, bref de la vie ! Le soleil tape à un tel point que je suis en autonomie totale avec les panneaux solaires et que je n’ai pas démarré le moteur depuis 2 jours. Hier (dimanche) j’ai fait une journée ménage et réparation, du coup le bateau ressemblait plus à une caravane de manouche qu’à une maisonneuve ! Voilà je suis par 43° Sud et je c’est la première fois que je vois un pays avec un ciel aussi pur, avec autant de nuances de couleurs, et avec en guise d’habitants un nombre impressionnant d’espèces animales et en président un somptueux Albatros … J’ai vraiment beaucoup de chance de vivre ça de cette manière, espérons que ça dure !
A bientôt.
JB”

Mercredi 10 Décembre

Sur le territoire de l’Indien

Virtuellement 20ème au classement depuis le démâtage de Gitana Eighty (Loïck Peyron), Jean-Baptiste va doubler dans les heures qui viennent le Cap de Bonne Espérance. A son 24e jour de mer, il est proche du temps du record de Vincent Riou, établi en 2004. Maisonneuve déboule ce soir vers l’Est, à 15-16 nœuds de moyenne, direction les Kerguelen. Il entre désormais dans l’Océan Indien, pays des vagues traitresses. Il se rapproche toujours de Rich Wilson, 19e, pointé à 230 milles devant lui.

Maisonneuve progresse depuis la nuit dernière dans un flux d’Ouest plus soutenu. Au terme d’une descente plein Sud en quête de vent, Jean-Baptiste a donc remis de l’Est dans son cap pour accrocher un bon couloir. Les vitesses s’en ressentent à bord et l’épaisseur de son retard sur l’Américain Rich Wilson fond à nouveau rapidement. Maisonneuve n’a jamais été aussi prêt de cet adversaire direct. Au pointage de 16h, il filait à 15,8 nœuds de moyenne sur la dernière heure, contre 4 nœuds de moins pour le skipper de Great American III. Ces dernières 24 heures, l’écart de vitesse entre les bateaux était même supérieur à 5 nœuds. A ce rythme, Jean-Baptiste pourrait lui arracher la 19e place dès vendredi soir. Mais les choses ne sont pas si simples. Il faudra aussi composer avec la météo et veiller à préserver le bateau, notamment à l’approche des Kerguelen, où la mer peut-être cassante.

GRAND SPI ET DOUBLES CHAUSSETTES

Depuis son entrée dans le Grand Sud, Jean-Baptiste n’a pas eu trop à se plaindre des conditions. “Par contre, il fait vraiment beaucoup plus froid et je commence à bien cailler “, résumait-il hier soir. “Je suis passé en double épaisseur de chaussettes à l’instant. Il fait beau, mais pas chaud du tout ! “ Pour preuve de l’accueil clément des hautes latitudes australes, Jean-Baptiste décrivait également : “je suis sous grand spi par 45° Sud ! Ça je ne m’y attendais pas ! C’est la première fois que j’envoie cette voile. J’ai fait mon entrée lundi dans un Sud souriant et ensoleillé, un ciel bleu et la mer belle mais dont la couleur sombre laisse quand même deviner un tempérament affirmé ! Quelques mammifères marins autour du bateau, des dizaines d’oiseaux, bref de la vie ! Le soleil tape à un tel point que je suis en autonomie totale avec les panneaux solaires et que je n’ai pas démarré le moteur depuis 2 jours. C’est la première fois que je vois un pays avec un ciel aussi pur, avec autant de nuances de couleurs, et avec en guise d’habitants un nombre impressionnant d’espèces animales et en Président un somptueux Albatros … J’ai vraiment beaucoup de chance de vivre ça de cette manière, espérons que ça dure !” Désormais aux portes de l’Océan Indien dont la réputation inspire la méfiance, il n’aura plus guère le loisir de profiter d’une telle luminosité. Mais on pouvait craindre entrée en matière plus difficile. En franchissant le Cap de Bonne Espérance cette nuit, Maisonneuve frôlera de quelques heures le temps de référence établi par Vincent Riou entre Les Sables et Bonne Espérance (24 jours, 2 heures, 18 minutes). Et il vise pour les prochains jours une 19e place quasi inespérée, après un retard d’une semaine sur la flotte au départ et avec 30 bateaux inscrits dans la course.

Jeudi 11 Décembre

Le plus rapide à Bonne Espérance

Jeudi 11 déc. 2008 - 12h45 - Maisonneuve a franchi la longitude du Cap de Bonne Espérance la nuit dernière, à 23h44 heure française. Comme ce fut déjà le cas à l’Equateur, Jean-Baptiste Dejeanty se montre donc le plus rapide de la flotte sur la distance Sables d’Olonne - Bonne Espérance, parcourue en 24 jours, 6 heures et 27 minutes (soit 4 heures et 9 minutes de plus que Vincent Riou en 2004). Au classement, sa remontée spectaculaire se confirme. Le benjamin de la course lorgne désormais sur la 19e place de Rich Wilson qui n’est plus qu’à 160 milles devant lui.

“En travers de la piste”

Jeudi 11 déc. 2008 - 18h35 - Message de Jean-Baptiste, à 17 heures. Où l’on a la confirmation que la vie à bord de Maisonneuve est devenue plus spartiate et que les conditions météo ne sont ni faciles à vivre, ni faciles à anticiper depuis la perte de son antenne satellite principale.

“Voilà enfin, le passage du Cap de Bonne Esperance et l’arrivée dans l’Indien …
Un nouveau terrain de jeu s’ouvre à moi. Je suis ravi d’avoir battu le record Les sables - Bonne Espérance de cette édition, à moins de 4 heures du record absolu effectué par Vincent Riou lors de la précédente édition. Pas mal du tout non ?!
En tout cas le moins que l’on puisse dire c’est que l’on sent bien la différence … Chute de la température de l’air et de l’eau (aux alentours de 5°c). Mer très capricieuse et fatigante, qui me ballote dans tous les sens. Vent aux alentours de 30 nœuds (ce qui est la moyenne par ici). Certaines vagues sont tellement hautes et creuses qu’elles font passer le bateau de 10 à 22 nœuds en quelques secondes. Pas facile de régler tout ça !
Ce matin j’ai d’ailleurs eu droit à mon premier “Vrac” : une vague est venue littéralement balayer l’arrière du bateau et l’a mis immédiatement en travers de la piste. J’étais sous genak et 1 ris et ça n’a pas été facile de récupérer l’affaire ! En plus je venais à peine de me réveiller et je n’étais pas encore habillé pour sortir. Je vous laisse imaginer la scène.
A cela il faut rajouter l’arrivée du bonne grosse dépression dans les jours a venir, et vous avez le tableau complet d’un océan indien fidèle à sa réputation !
Sinon je suis toujours gêné par les infos météo en petite quantité. La qualité des modèles que je reçois est approximative du fait du manque d’observation dans cette zone (pas beaucoup de bateaux, encore moins de stations à terre !). Du coup, les prévisionnistes et les modèles perdent en fiabilité. Cela me contrarie en ce moment même, puisque une bascule plus rapide que prévue va m’obliger à tirer un contre-bord d’une heure pour passer la porte Kerguelen ! Je suis vert ! Deux empannages gratos. Ça c’est cadeau, surtout dans 30 nœuds …
Sinon ben ça caille !!! Ce qui me gêne le plus c’est les bottes trempées … et c’est parti pour durer !”

Vendredi 12 Décembre

“La pire nuit depuis le départ”

Vendredi 12 déc. 2008 - 9h50 - Dernière nuit très agitée à bord de Maisonneuve. L’humidité, le froid, l’état de la mer et caprices du bateau : un vrai cauchemar pour le skipper, qui a quand même fini par trouver sa bonne étoile. Dans un message transmis à 9 heures ce matin, Jean-Baptiste raconte… 
“Bonjour bonjour,
Je viens de connaitre la pire nuit depuis le début de la course… J’ai bataillé pendant de longues heures dans une nuit à grains, noire et glaciale, pour pouvoir enrouler un gennaker récalcitrant. J’ai vraiment eu peur de ne pas y arriver. Une fois roulé, il s’est rederoulé par le haut en faisant un beau coquetier. Il s’est même, pendant quelques instants, enroulé autour du génois… Au secours !! A un moment je n’y croyais plus et j’ai vu une magnifique étoile filante …J’ai fait le voeu d’avoir un bateau en ordre avant la fin de la nuit …

“VOIR VENIR LES ICEBERGS”

Finalement sur un coup de nerf le gennak à fini par se rouler correctement. Je suis rentré dans le bateau pour me changer, recharger les batteries, faire de l’eau douce … Pile au moment où je me glissait dans mon duvet, paf le pilote me fait une erreur innatendue. Le bateau à viré de bord, et s’est couché de l’autre côté, voile à contre, quillé et ballasté du mauvais côté, gîté à 90° !! Tout a valdingué dans le bateau, vêtements, duvet, bouquins, caisse à outil… Tout est trempé ! Finalement le bateau était en ordre avant le lever du jour. Voeu exaucé ! Maintenant c’est sûr, j’y crois aux étoiles filantes !!! En plus je n’ai absolument rien cassé ni déchiré … L’heure n’est plus à l’attaque … mais à la bonne gestion du matériel. Le souci, c’est que j’ai pas mal d’affaires trempées qui ne sècheront probablement pas avant …. longtemps !! Les conditions sont vraiment difficiles, mer formée et anarchique, vent oscillant entre 20 et 35 nœuds
Le bateau est parfois planté à 10 nds pendant quelques minutes puis tout un coup, il s’enerve et fait des surfs à plus de 22 nds … Pendant ce temps-là, à l’intérieur, je suis balloté dans tous les sens, à essayer tant bien que mal de me maintenir au chaud et au sec avec les yeux rivés sur le radar pour voir venir les icebergs… L’eau et l’air sont à 7°c, et Artemis, juste devant, vient d’en signaler un de 400 m de long !
Pas très fun tout ça !!
” JB

Vendredi 12 Décembre

Le tarif des cinquantièmes

A l’approche des cinquantièmes hurlants, Maisonneuve fait le gros dos, tout en poursuivant sa remontée sur la flotte. Jean-Baptiste affronte des conditions éprouvantes. Il a vécu une dernière nuit cauchemardesque. Il se prépare à encaisser à partir de ce soir deux dépressions consécutives. “L’heure n’est plus à l’attaque mais à la bonne gestion du matériel”, résume-t-il. Au pointage de 16h, par 48° de latitude Sud, Maisonneuve continue pourtant à réduire l’écart avec les bateaux qui le précèdent. Il n’est plus qu’à 70 milles de l’Américain Rich Wilson.

La dure loi du Grand Sud peut se résumer en quelques mots : rafales, froid, humidité, glaces, stress… Jean-Baptiste en a eu un bel échantillon la nuit dernière. “La pire nuit depuis le début de la course… J’ai bataillé pendant de longues heures dans une nuit à grains, noire et glaciale, pour pouvoir enrouler un gennaker récalcitrant. Une fois roulé, il s’est redéroulé par le haut en faisant un beau coquetier. Il s’est même, pendant quelques instants, enroulé autour du génois…”

BATEAU COUCHE A 90°

Quelques heures de bataille lui ont été nécessaires pour faire rentrer les choses dans l’ordre. Répit de courte durée. “Je suis rentré dans le bateau pour me changer, recharger les batteries, faire de l’eau douce … Pile au moment où je me glissais dans mon duvet, le pilote me fait une erreur inattendue. Le bateau à viré de bord, et s’est couché de l’autre côté, voile à contre, quillé et ballasté du mauvais côté, gîté à 90° !! Tout a valdingué dans le bateau, vêtements, duvet, bouquins, caisse à outil… Tout est trempé !” Le souci, c’est que ça ne sèchera pas avant longtemps.” A bord, la température intérieure plafonne à 10°. L’eau est à 5°. Un temps à glaces. “Artemis a signalé cette nuit un iceberge de 400 mètres de long. C’est pas très fun tout ça…” On imagine le stress.

“BALLOTE DANS TOUS LES SENS”

En deux jours, le tableau a considérablement changé pour Jean-Baptiste. Le Grand Sud révèle son vrai visage. Il en témoignait ce matin, peu avant 9 heures. “L’arrivée dans l’Indien m’a bien calmé. J’ai une mer relativement épouvantable, qui arrive dans tous les sens. Il ya des grains. Le vent oscille entre 20 et 35 nœuds. Le bateau est parfois planté à 10 nœuds pendant quelques minutes, puis tout un coup s’énerve et fait des surfs à plus de 22 nds… Pendant ce temps-là, à l’intérieur, je suis balloté dans tous les sens, à essayer tant bien que mal de me maintenir au chaud et au sec.” Une ambiance pour le moins virile, à la hauteur de la réputation du “Vendée”.

DISTRIBUTION DE CLAQUES

A l’approche des deux dépressions annoncées pour ce vendredi et demain samedi, il va donc falloir d’abord gérer en marin, quitte à ranger sa casquette de régatier. Les cartes isobariques laissent augurer une sérieuse distribution de claques pour toute la flotte, avec des vents de 40-50 nœuds de secteur Nord-Ouest pour commencer, revenant Sud-Ouest. “La deuxième dépression va peut-être même m’obliger à tirer des bords contre le vent… ” Dans ces conditions, le skipper de Maisonneuve doit faire avec des moyens limités de collecte d’informations météo, depuis la pannde son antenne satellite. “Je ne peux plus accéder aux images satellites pourtant si précieuses. La qualité des modèles que je reçois est approximative, du fait du manque d’observation dans cette zone (pas beaucoup de bateaux, encore moins de stations à terre !). Du coup, les prévisionistes et les modèles perdent en fiabilité.” Illustration hier soir : Jean-Baptiste n’a pas vu arriver une bascule de vent qui l’a contraint à tirer un contre-bord épuisant pour franchir la porte Kerguelen : deux empannages en une heure !

19E PLACE EN VUE

Tous ces efforts ne sont pas vains et la consolation est de taille au classement. En distance au but, Maisonneuve poursuit sa remontée dans la flotte. Great American III n’est plus qu’à 70 milles de son étrave et lui tend sa 19e place virtuelle (suite au démâtage de Loïck Peyron). Jean-Baptiste réduit également l’écart avec Tim White (421 milles) et Arnaud Boissières (698 milles). Une comptabilité réconfortante avant de faire le gros dos dans les prochaines 36 heures.

Samedi 13 Décembre

“55 nœuds cette nuit ! Ça va, je suis en forme…”

Samedi 13 décembre - 10h54. Message de la nuit. “55 nœuds cette nuit ! Ça va je suis en forme, j’arrive à bien dormir, mais hier j’ai fait au moins 8 vracs à cause des pilotes NKE. Nous pensons avoir trouvé la panne. Pour l’instant, je suis sous pilote B&G et ça marche, du coup j’ai pu me reposer. Le dessalanisateur ne fait pas d’eau. Il se désamorce en permancence dans ces conditions. Rien de grave mais il faut attendre que cela se calme.”

Dimanche 14 Décembre

“De la neige et des montagnes d’eau”

Dimanche 14 déc. 2008. 16h30 - Conditions de plus en plus extrêmes ce dimanche à bord de Maisonneuve. 60 nœuds de vent la nuit dernière, montagnes d’eau dans le sillage et neige sur le pont ce matin. Jean-Baptiste a quand même ravi la 19e place à l’Américain Rich Wilson avant d’affronter cet après-midi une nouvelle dépression.

Lundi 15 Décembre

Soucis techniques à bord de Maisonneuve

Lundi 15 déc. 2008 - 9h38 - Confronté à du très mauvais temps et à des soucis techniques à bord, Jean-Baptiste Dejeanty a préféré suivre, la nuit dernière, une route accompagnant les vents de la dépression. Outre de récurrents soucis de pilote automatique, le skipper déplore la déchirure d’un génois et a repéré un “dégainage” sur sa drisse de grand voile. En contact avec son équipe technique, il étudie actuellement les solutions à mettre en œuvre. Le skipper va bien.

Lundi 15 Décembre

Quand les pilotes lâchent…

Confronté depuis plusieurs jours à des soucis récurrents de pilote automatique, Jean-Baptiste Dejeanty cumule actuellement les difficultés. Depuis la nuit dernière, alors que le pilote principal l’a déjà définitivement lâché, il doit gérer les défaillances de son pilote de secours. Dans des conditions météo très musclées, ce dernier a multiplié les décrochages ce week-end. Les embardées et autres sorties de route consécutives ont par ailleurs occasionné des dégâts sur Maisonneuve : un génois déchiré et l’anémomètre de tête de mât hors d’usage. A cette somme de problèmes s’ajoute aussi une fragilité

“Suite à une accumulation de problèmes, je vais pendant quelques heures avoir une vitesse ralentie et une route me permettant de rejoindre des vents plus calmes au plus vite. Je suis ok.” Dans un message bref, Jean-Baptiste a informé cette nuit la direction de course qu’il était contraint de délaisser la régate, pour se concentrer d’urgence sur de multiples soucis techniques. D’où une route anormale, qui n’a pas manqué d’inquiéter les suiveurs, à terre. Problème majeur à bord : la défaillance du pilote automatique de secours utilisé par le skipper depuis la panne définitive du pilote principal. “Il ne fonctionne plus en mode “vent”, mais seulement en mode compas, ce qui se traduit par des départs au lof ou à l’abattée à répétition quand le vent change en force et (ou) direction”, explique son équipe à terre.

AU TAPIS A PLUSIEURS REPRISES

Concrètement, dans les conditions très dures que Maisonneuve a dû encaisser ce week-end (rafales à 65 nœuds et creux de 8 à 10 mètres hier), le bateau s’est trouvé couché à plusieurs reprises. Bilan : un génois déchiré et un anémomètre de tête de mât hors d’usage. Pour corser l’addition, le skipper a découvert qu’une partie de sa drisse de grand voile (cordage servant à la hisser) avait perdu sa gaine, ce qui la fragilise. Il a également constaté la perte de sa balise de positionnement.
La priorité étant désormais de réparer son pilote, Jean-Baptiste a progressé aujourd’hui sous voilure réduite, pour ne pas fatiguer la drisse, tout en faisant une route “la plus confortable possible”, pour évaluer au mieux la situation et tenter de réparer. En contact avec son équipe à terre, il cherche actuellement des solutions.

Ce coup dur intervient au début de sa 5e semaine de course, au terme d’une remontée spectaculaire dans l’Atlantique. L’Océan Indien s’est montré beaucoup plus intraitable ce week-end. Notamment pour l’arrière de la flotte qui a enduré le passage de deux dépressions générant des vents moyens de 45 nœuds, rafales à 60, et une mer très forte.

Mardi 16 Décembre

Jean-Baptiste Dejeanty contraint à l’abandon

Jean-Baptiste Dejeanty a annoncé ce matin son abandon à la direction de course. Il se déroute vers l’Afrique du Sud. Impossible pour lui de continuer dans des conditions de sécurité minimales. Outre les pannes et dysfonctionnements de ses pilotes automatiques, le skipper déplore une usure prématurée de ses drisses, dans le mât. ” Persister à courir serait déraisonnable au niveau sécurité et au regard des mers qu’il reste à parcourir.” explique le skipper de Maisonneuve. Il se dirige à vitesse réduite sur Port-Elisabeth (Afrique du Sud), qu’il espère rallier d’ici 8 à 10 jours.

“La décision na pas été facile à prendre et je suis donc profondément attristé de devoir me dérouter pendant que cela m’est encore possible.” Après avoir cherché des solutions fiables, Jean-Baptiste a dû s’incliner devant la succession de problèmes techniques rencontrés à bord de Maisonneuve, ces derniers jours. Pour le skipper, poursuivre pouvait mettre en danger l’intégrité du bateau.

Jean-Baptiste met en avant deux problèmes principaux. “Mes pilotes automatiques principaux, reliés à la centrale de navigation, disfonctionnent sévèrement et me privent à la fois d’une utilisation optimale mais également de toutes les informations de navigation. Dans ce contexte, il m’est uniquement possible d’utiliser mon pilote de secours en mode compas, ce qui dans les conditions de mer récemment rencontrées et à maintes reprises, à conduit le bateau dans des situations dangereuses pour le materiel et pour moi.” Traduction : Maisonneuve était devenu de plus en plus incontrôlable ces derniers jours. Ses dernières sorties de route ont par ailleurs provoqué des dégâts à bord : perte d’un anémomètre, déchirure d’un génois… Dans ces conditions, le risque de meurtrir davantage le bateau était grand. Autre problème de taille : l’usure de ses drisses (cordages servant à hisser les voiles et circulant à l’intérieur du mât). “Mes drisses se détruisent dans le mât, sans raison apparente. Les drisses de secours ayant déjà été utilisées sans succès, je n’ai pas de moyen d’envisager une solution fiable à long terme. Il m’est techniquement impossible, même en montant dans le mât, de voir qui s’y passe…et ma grand voile menace de tomber à chaque instant”. Jean-Baptiste préfère donc renoncer pour des raisons de sécurité, plutôt que tenter de poursuivre à vitesse réduite. “Si je persistais à courir, les conditions de navigations dégradées et peu fiables, en plus de la semaine de retard prise au départ, auraient de toute façon pour effet de m’isoler des autres coureurs.
Ce fonctionnement me parait déraisonnable au niveau sécurité au regard des mers qu’il reste à parcourir.” Il fait actuellement route vers Port-Elizabeth en Afrique du Sud. Sa drisse de grand voile à été provisoirement sécurisée. Au regard des conditions météo, il devrait parcourir les 1100 milles qui le séparent de ce port sous 8-10 jours maximum.

“Je digère lentement mon énorme déception”

Jean-Baptiste Dejeanty progresse à vitesse réduite vers l’Afrique du Sud et ravale doucement sa peine. Il ne devrait pas atteindre Port-Elisabeth avant le milieu de la semaine prochaine. Dans un long message adressé ce midi à son équipe et à ses partenaires, il revient sur les conditions et les raisons de son abandon. Deuil difficile à faire que celui de cette course, il le confirme. Mais décision de raison, fondée sur le respect de soi, du bateau et de tous ceux qui entourent et soutiennent ce projet. A lire et à méditer.

Message de Jean-Baptiste envoyé par mail, ce jeudi 18 décembre, 13h16.

“Voilà je trouve enfin un peu de temps pour écrire, la météo se calme et j’essaye de digérer lentement mon énorme déception. C’est vraiment pas facile d’avoir à renoncer quand on est gonflé à bloc et qu’on na pas envisagé une seule seconde que ça s’arrête. C’est encore moins facile de revenir au prix des larmes sur chaque mille gagné à celui de la sueur…

“ÇA BLESSE AU PLUS PROFONDE DE SOI”


Il y a encore pas mal de route pour rentrer avec une météo capricieuse; du près dans du gros temps depuis 2 jours et maintenant des bulles anticycloniques à gérer au portant, dans la pétole, avec une forte houle résiduelle, puis de nouveau une grosse dépression à négocier… Pas vraiment les conditions rêvées.
C’est comme ci ce satané océan Indien m’avait tendu un piège et ne voulait plus me laisser repartir.
Pendant ce temps-là, ça bouillonne dans la tête, ça fait mal aux tripes, ça blesse au plus profond de soi.On peut toujours se poser la question de savoir jusqu’à quel point on peut accepter de naviguer dans des conditions dégradées. A partir de quel moment la volonté et le courage sont en fait des œillères à un entêtement dénué de sens.

“LA BONNE DECISION”


Durant ces derniers jours, j’ai rencontrés des problèmes techniques importants qui m’ont mis dans des situations extrêmes et dangereuses. Faire plusieurs sorties de route consécutives lancé à plus de 25 nœuds dans des vagues de 10-12 m et se retrouver, par 52°Sud, dans le bateau, la tête de mât dans l’eau, la nuit par 0°c pendant de longues minutes, à essayer de refaire fonctionner au moins un pilote pour pouvoir repartir, cela n’a rien de réjouissant. Alors après un bon break, bien dormi et bien mangé, on enlève les oeillères et on se rend compte qu’il n’y a aucune raison pour que ça s’améliore. Au contraire, à chaque fois que ça arrive (une dizaine de fois en tout), le bateau souffre et émet des signaux d’alerte (poulies, drisses, systèmes de barre sont touchés…). La route est encore longue et les gros coups de vent nombreux. Le point de non retour c’est maintenant.Il faut prendre une décision. Ou plutot LA décision. Celle que j’ai prise était la bonne; j’en suis sûr.

“UN BEAU CHAPITRE DANS L’HISTOIRE DU VENDEE GLOBE”


Quand je regarde derrière, il n’y a aucun regret. Juste un sillage franc et droit, une analyse météo et une trajectoire parfaites, des records à répétition, et surtout une bonne gestion du matériel dans des conditions soutenues depuis le début. Il n’y a aucun doute non plus. Nous avons tous ensemble écrit un très beau chapitre dans le livre du Vendée Globe, une aventure humaine, une équipe soudée devant l’adversité et des conditions de départ dans lesquelles beaucoup d’autres auraient jeté l’éponge. Nous nous sommes enfin révélés à un public qui ne s’y attendait pas et qui nous a largement soutenu en découvrant le véritable sens du travail d’équipe et du partenariat. Tout cela doit rester notre fierté et notre base de travail pour le futur.

“EN PARFAITE SYMBIOSE”


Pour ma part, j’ai vraiment réalisé l’une des plus belles navigations de ma vie. Une de celles qui nous confirme que l’on est fait pour ça. Que l’on est à sa place, en parfaite symbiose entre les éléments, le bateau et la compétition. Une symbiose que ni le froid, ni les énormes depressions australes, ni la solitude ou l’isolement, ne peuvent venir contrarier. Mais qu’une préparation encore plus poussée et du temps pour s’entrainer pourront faire durer jusqu’à une prochaine arrivée.
Il me tarde vraiment de retrouver ces moments de vie intenses. Ceux que j’étais venu chercher jusqu’ici, et qui m’ont été donnés en guise d’appat, avec un gros piège derrière… Et tous ceux aussi que je ne peux qu’imaginer et que j’aurais tant voulu faire partager.
Alors hier soir, malgré le foie gras, les quelques cadeaux “coups de mous” et le verre de Mondoyen, j”avais évidemment les idées noires. Mais le ciel, lui, était rose tout rose, comme un présage du futur et des prochaines aventures.
Un chapitre se termine ici, on referme le livre avec un marque page dans l’indien.
L’histoire continuera, je l’espère, en plusieurs tome s’il le faut. JB”

Lundi 22 Décembre

Maisonneuve attendu la nuit prochaine à Port Elizabeth

Pointé ce matin à 120 milles de l’Afrique du Sud, Maisonneuve devrait rallier Port-Elizabeth la nuit prochaine. Toujours en proie à des soucis de pilotes et à l’usure de sa drisse de grand voile, Jean-Baptiste sera aidé sur place par une équipe de sauveteurs en mer de la NRSI, du Yacht Club local et d’un ressortissant français qui lui a proposé de l’assister dans ses démarches. Après un rapide retour en France, puis quelques réparations à Port-Elisabeth début janvier, le skipper reprendra la mer pour un convoyage en double vers Lorient, avec son préparateur Ronan Cointo.

La route du retour aura paru très longue au skipper de Maisonneuve, depuis l’annonce de son abandon, mardi dernier. Une semaine interminable. Souvent sous voilure réduite, dans des conditions météo capricieuses où ont alterné vents forts et petits airs, Jean-Baptiste a dû à la fois gérer sa déception et composer avec les soucis techniques qui ont justifié sa décision. Hier soir, il confirmait : ” Un vrai chemin de croix ce retour ! Mon dernier pilote m’a fait deux fois des erreurs aujourd’hui et la dernière drisse de grand’voile est déjà entamée à 80% à certains endroits. J’avoue que tout ça commence à sérieusement me peser.” Il a toutefois pris le temps d’un rangement et d’un ménage complet du bateau. Il s’est aussi occupé un peu de lui : ” J’ai bien rangé et asséché le bateau, bien mangé et bien dormi. Je me suis même payé le luxe de regarder quelques DVD, ce que je n’avais encore jamais fait en mer.”

L’ASSISTANCE DE LA NSRI


Le pensum ne devrait plus durer trop longtemps. Porté par un flux favorable, Maisonneuve va allonger la foulée aujourd’hui. Ce matin, à 10h, à 120 milles des côtes sud-africaines, Jean-Baptiste estimait pouvoir entrer dans la baie de Port-Elizabeth dans la soirée ou au cours de la nuit prochaine. Pour préparer l’assistance du bateau, son équipe à terre est en contact avec la NSRI (National Sea Rescue Institute), équivalent pour l’Afrique du Sud de notre SNSM française. Une équipe sécurisera l’entrée au port de Maisonneuve et les manœuvres d’accostage. Dans un premier temps à quai au port de commerce, le bateau pourrait ensuite rejoindre un emplacement au ponton dans la marina.

SOLIDARITÉ SUR PLACE


Sur place, la solidarité joue à plein, notamment grâce à l’intervention spontanée et sympathique d’Alexandre Giblain, ingénieur français en poste à Port-Elizabeth. Dès l’annonce de l’abandon de Jean-Baptiste et de son déroutage vers sa ville de résidence, il s’est proposé d’accompagner le navigateur et son équipe dans les démarches sur place. Le skipper n’a donc pas de souci à se faire sur la qualité de l’accueil. De quoi retaper son moral.

Mercredi 24 Décembre 2008

Dernières sensations fortes avant la terre

Maisonneuve est amarré à Port Elizabeth depuis hier matin. Pour clore sa première navigation dans l’océan Indien, Jean-Baptiste a eu droit à un traitement sévère, avec des vents de 75 nœuds dans les heures qui ont précédé son arrivée. Une expérience qu’il n’oubliera pas de sitôt. Le skipper sera de retour en France dès vendredi, pour quelques jours. Le temps de préparer le matériel nécessaire aux réparations sur le bateau. Il retrouvera Maisonneuve début janvier, avant un convoyage retour entre l’Afrique du Sud et la Bretagne.

“Je viens de passer ma première nuit dans un lit depuis 40 jours. Le vent soufflait fort et m’a réveillé. J’ai cru que j’étais encore dans le bateau, à me demander s’il fallait que je réduise la voilure…” Reposé, Jean-Baptiste confirmait ce matin qu’on ne sort pas d’une expérience nautique comme celle qu’il vient de vivre sans un minimum de réadaptation à la vie terrienne. D’autant que l’océan Indien ne lui aura rien épargné. Jusqu’au bout, il a subi les humeurs de ce secteur parsemé de pièges. Lundi après-midi, à quelques milles de son arrivée dans la baie de Port Elizabeth, le vent est monté à 75 nœuds établis. ” La pression atmosphérique a grimpé de 20 millibars en 5 heures. J’avais trois ris dans la grand voile et trinquette, et le bateau filais à 20 nœuds. Je n’avais jamais vu ça en navigation. J’ai eu réellement peur. La mer était blanche, je ne voyais que de l’écume. Au-dessus de moi, les nuages passaient à la vitesse d’un avion de chasse.”

Après ces dernières sensations fortes, Jean-Baptiste a finalement amarré Maisonneuve mardi matin, à 3 heures, entre deux cargos du port de commerce sud-africain. Le bateau a ensuite pu être déplacé et se trouve désormais à couple d’un bateau de pêche, en sécurité. Le skipper passera la soirée de Noël à Port-Elizabeth avant de regagner la France vendredi, pour quelques jours. “Je reviendrai avec un ou deux équipiers et du matériel dès les premiers jours de janvier. Nous aurons quelques jours de travail à bord (drisses, pilotes, voiles) avant d’entamer le voyage retour du bateau.” Il faudra sans doute compter 35 jours de navigation pour que Maisonneuve regagne la France.  

 

 

 

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